Sour Lounge

:::Vivisection à blog ouvert::: ::::::::::::Part2::::::::::::::::

mercredi 25 février 2009

De l'incondition des réels

it__s_a_hold_up_by_ahemmy

Et si, et si, et si !!... Mais qu’est-ce que j’en sais, moi, de comment les choses peuvent se passer dans d’autres conditions, qu’est-ce que j’en sais de quand ou comme on le dit une fois que c’est dit, une fois que le morceau a été craché, une fois que l’information est sortie ! On s’en fout, même, d’imaginer cet éventuel instant qui n’existera jamais parce qu’il a été, différemment. On ne se crée pas de la culpabilité par potentialité, on n’offre pas le dos aux reproches parce qu’une possibilité existe selon laquelle ils sont mérités, merde !
Oui, j’emploie des grands mots ! Oui, je monte sur mes grands chevaux ! Oui, je m’emporte !
Mais nom d’un foutre ! Qu’on cesse de me harceler pour ce qui n’est pas ! Qu’on cesse de me pister pour ce que je ne ferai pas puisque l’ayant fait autrement ! Haaa si j’étais un autre, si j’avais plus de responsabilités, si j’avais pas récupéré le coup à temps, si j’avais pas levé les yeux avant la collision, si j’avais pas ou si j’étais pas … J’étais ou j’avais ! Point et barre ! Pas de discussion ! C’est déjà assez pénible de s’accommoder de ce que l’on est sans avoir à imaginer toutes les situations invécues et catastrophiser par imagination ! Et oui ! J’invente des mots si je veux ! Présent de l’indicatif !
Avec des si et des conditionnels, je te mets Paris en bouteille, je te bouchonne ça, te mets un coup de cire et je te balance le tout à la baille illico presto. Et non, ça n’a rien à voir avec les parisiens. J’en connais même des biens. Un en tout cas.
J’étais dans la voiture au moment où vous êtes sortis de la banque, à mon poste. Oui, j’ai été pissé un coup, oui j’ai de la chance que les flics ne soient pas arrivés, ou que vous n’ayez pas eu un pépin. Y’a pas eu. Rien. J’étais à ma place au moment où je devais l’être, le reste on s’en fout.
Et bordel qu’on me lâche avec la responsabilité des autres ! Ho ! Les gars ! On braque la Banque de France en pleine distribution des nouveaux billets, croyez pas qu’y a plus sérieux comme responsabilité que d’aller pisser un coup en laissant la voiture sans surveillance ni chauffer. Ha ouais, sûr, sans moi vous n’êtes rien, je suis la clef de voûte de votre casse, sans le chauffeur parti pisser tout s’écroule.
Ha évidemment, on ne parle pas de Gérard le névropathe, susceptible de se mettre à tirer à tout moment à tout va pour exprimer sa contrariété ; on ne parle pas d’Edmond le manchot qui foire une ouverture un coup sur trois ; on ne parle pas d’Adèle et de sa manie de prendre la tangente sitôt qu’elle a un sac de biftons entre les mains. Non. On se contente de me faire chier parce que je suis allé pisser, que dis-je ! Parce que j’ai eu l’honnêteté de vous le confier, con de moi, vu que l’information je suis le seul à la détenir.
Mais merde, c’est quoi le problème à la fin ? Vous faites dans vos frocs comme des midinettes qu’ont perdu leur gloss avant un rendez-vous sous prétexte que sans chauffeurs vous étiez baisés ? Il était là, le chauffeur, j’étais là, j’ai fait partir la voiture et je vous ai emmené dans cette cabane, comme convenu, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
J’ai fait ce qui était con-ve-nu ! Point. A vous de faire ce que VOUS aviez convenu, à savoir me filer MA part, complète, sans rabais, sans retenue, cette putain de part qui m’a motivé à m’associer à des tocards comme vous !. Et sans finasser sur les risques inimaginables que ça vous a fait courir que j’aille pisser pendant que vous vous attaquiez à la première et la plus sécurisée banque de France, sans plan fini, sans complicité, sans repérage, à l’arrache comme les malades mentaux que vous êtes.
Et épargnez-moi le « et si t’étais un flic », hein, là je sature. Je veux ma part ! Je veux me casser ! Je veux vous laisser à vos plans foireux, à vous bouffer la rate pour le partage du reste !
Puis d’ailleurs, et si vous étiez des flics, vous, hein ? Ou des balances ? Hein ? Ou des enfoirés de raclures finies, prêtes à lécher les souliers vernis pour s’épargner quelques jours en taule ? Hein ? Hein ? Vous en dites quoi ? Hein ? Parce que du coup ça devient vachement plus simple votre histoire de casse douteux. Limite ça explique comment des incompétents pareils ont pu passer la porte. Puis ça explique aussi pourquoi vous rechignez tant à me filer mon pognon.
Heuuuu, par contre là tu déconnes, Gérard, arrête de me braquer comme ça, c’est dangereux ton truc, tu le sais bien, non, fais pas l’con, j’te dis, calme-toi, mais dites-lui, vous, d’se calmer, ça va mal finir cette histoire, ça va mal finir, merde, arrête, j’ai rien dit, je m’excuse, je, non ! NON !! NONNNNNNNNNNNNNNN !!!!!!!!!!

[Exercice sur le thème Et si ..., contrainte : sans conditionnel.]

Illustration : It's a hold up, par ahemmy, sur DeviantArt

Posté par d autres à 21:47 - Copisteries monacales - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    Très bonne idée. C'est très vivant et digeste.On dirait de la BD. Ca me rappelle ce que scénarise mon meilleur ami.

    Posté par erick, mardi 3 mars 2009 à 11:10
  • Il écrirait pas, des fois, ton meilleur ami ?
    (Note que ce matin ou hier soir, je me demandais si justement le scénario n'était pas le moyen le moins contraignant de faire passer une histoire - je veux dire sans sortir un roman de 200 pages ...)

    Posté par d'autres, jeudi 5 mars 2009 à 19:17
  • Disons que les contraintes sont différentes. Tout depend du dessinateur avec lequel tu bosses, mais il faut tout de même avoir un talent pour la prévisualisation, et la description technique. La mise en scène, quoi.

    Posté par Erick, jeudi 5 mars 2009 à 19:44

Poster un commentaire