Sour Lounge

:::Vivisection à blog ouvert::: ::::::::::::Part2::::::::::::::::

samedi 10 mai 2008

De la brieveté des expositions

Trois raisons d'apprécier le blog short-exposure :

  • La recherche d'univers (photo)graphiques originaux.
  • La sobriété élégante des présentations.
  • La démarche de partage du beau.

dorothy_shoes1

matt_stuart3

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Photos: Dorothy-shoes (photo 1), Matt Stuart (photo 2) et Julia Dunin-Brzezinska (photo 3)

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vendredi 25 avril 2008

De la machine à remonter le temps

time_by_dibbi

Tiédeur moite et jasmin,
Chants d'oiseaux,
Nuit mourrante.
Goût âcre sur la langue.

La lumière vainc les ombres,
Résolutions vacillent,
Heure propice aux faiblesses,
Il succombe à l'envie.
L'occasion est trop rare pour la laisser passer,
Et qu'importe le risque,
Il donnera volume.

Face à lui la console,
Dans sa gangue de plastique,
N'attend plus que sa main pour lever le capot.
Il diffère le moment,
Un soupçon de fierté,
Il attise le désir,
Le temps sera compté.

Les nuages sont un mur,
Bandeau sombre et étroit surplombant l'horizon,
Frontière ombre et lumière.
L'eau miroir se reflète en trainées orangées,
Coquetterie prélude pour naissance entre flots.

Il écrase un mégot aux senteurs mentholées,
Se permet un soupir accents réprobation,
Et arque sa colonne pour accéder au sol,
En tailleur sur coussin face à la table opium.

À l'abri d'une colline,
L'astre achève la pénombre en pointant son museau par dessus glace argent.
Une dernière lueur fait de la résistance sur le velours passé de l'agonie nocturne.

Ses longs doigts sont caresses sur le plastique ébène,
Suaves préliminaires après la longue absence.
Puis son pouce fait déclic,
L'écran est relevé,
Crépite d'excitation et s'éclaire et soupire.

Derrière lui la fatigue menaçant longue veille s'enfuit à tire d'ailes sous les coups de l'aurore.
Nouveau souffle,
Phénix,
Un jour neuf,
Un homme neuf,
Résolutions trahies et amours exhumées.

Connexion pacemaker,
Compte à rebours vital,
Interface neuronale,
Communion de métal.
Sa vie tient à un câble tendu entre deux mondes,
Une course pieds nus sur un fil de rasoir.

Le jais se fait pervenche,
Les murailles s'étiolent,
Emeraudes et rubis s'embrasent sous projecteur.
Un vent frais vient du large,
Parfums d'iode et ressac,
L'humidité s'estompe,
Il frissonne,
Transition.

Les électrons inondent ses neurotransmetteurs sitôt sont déployés les fils de la Toile,
Et il plonge,
Ebloui,
A travers la silice,
Saute entre satellites,
Court à coeur fibre optique.

Le temps est à rebours,
Une poignée de minutes,
Sablier virtuel sur battements de coeur.
Il ne peut qu'une passe entre temps et espace,
Sa batterie interne ne tiendra très longtemps.

Dans le premier instant,
Il contemple algorithmes et circonvolutions du réseau de lumière,
Gaspillage précieux,
Retrouver sensations,
Reprendre ses repères,
Gouter la perception.

Dans le second instant,
Il incarne son âme dans la gangue torturée d'un chacal aux traits durs,
Antidieu des sépulcres,
Hybride cybernétique,
Image confidentielle pour occasions uniques.

Au troisième mouvement,
Il repère la structure où apposa son verbe par-delà les fuseaux.
Elle bruisse d'activité,
Des silhouettes s'agitent,
Heure de pointe,
Rendez-vous d'une fin de journée.

Au quatrième mouvement,
Il distingue les alcôves,
Les tribus qui les hantent et les électrons libres.
Stratèges et victimes,
Graphistes,
Orateurs,
Joueurs et papoteurs,
Rédacteurs et poètes.

Au cinquième moment,
Reconnaît des présents,
Gardiens,
Fidèles,
Anciens,
Dames et seigneurs aimés.
La belle chante les victoires,
L'homme en plus polémique,
La rêvée maintient l'ordre,
L'animal joue du mot.

Au sixième moment,
Les battements trébuchent,
Un avertissement de la réalité,
Tant à voir en si peu,
Charger banques de mémoires,
Effleurer âmes fugaces et saluts éphémères.

Au septième martèlement,
Fait naître de griffes et crocs arabesques sensibles,
Paysages terre lointaine,
Fragrances de fleurs fraîches,
Caresses de lèvres tendres,
Rires d'enfant insouciant et saveurs madeleine.

Puis la douleur jaillit,
Irradiant corps esprit,
Signale point non retour de ses vrilles acérées.
Il s'éjecte en urgence,
Echappe à la machine,
Il a encore à vivre avant fusion métal.

Le soleil brûle sa peau,
Il a passé les crêtes,
Chassant l'humidité pour apurer le ciel.
Le jour est encore jeune,
La chaleur reste viable,
La soif qui le saisit est d'une source autre.

Il préfère se lover dans les lourdes vapeurs des herbes résineuses,
Tant pis pour gorge sèche.
Craquement allumette,
Craquement de ses os,
Il se déplie enfin d'une lenteur étudiée.

A ses lèvres un sourire flotte comme un fantôme,
Nostalgie adoucie tout autant qu'attisée,
Les souvenirs s'emmêlent,
La frustration s'étend,
L'impression assassine d'avoir failli toucher.

Ils lui manquent tellement qu'il en oublierait presque les raisons de l'exil.

Illustration : time by 'dibbi sur DeviantArt

(manquait la date : 081124)

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jeudi 10 avril 2008

Des chemins de virtualité

182



Quand Alice s'interface,
Assise devant sa glace,
Elle grandit,
Rapetisse,

Expose ses facettes,

Et disserte,

Séduisante,

Face au public de masques.

Cette masse solitaire,
Vissée à même la nasse lui sourit,
La conspue,
L'encense ou la menace,
Selon les facéties de ses humeurs fantasques.

Sur une souris cyclope,
Elle saute de scène en scène,
De l'extatique félin au chapelier cinglé,
Lie connaissance cintrée,
Suite à observation ;
Peter cesse la hanter,
Distraite de la sorte.

Le garçon,
Lui,
S'ennuie,
Adossé à sa porte,
Sniffe un songe,
Diversion,
Puis s'envole en silence suriner ses souv'nirs en cieux imaginaires.

Alice aime qu'on la suive,
Symptôme du célibat ;
Sensuelle et sincère,
Son innocence l'assure d'un succès insouciant et les princes la pressent de messages incendiaires.

Elle saisit les instants,
Et ce faisant elle froisse la maîtresse sans conteste de la classe des cartes,
Despote incontestée,
Au souffle en proportion de sa poitrine obscène incisée du dessous.

La forcenée ordonne qu'on lui pose un corset,
Sombre,
Serré,
Sculptant ;
Une serrure sur les reins séquestre le désir,
Le soumet au caprice de votre majesté,
Un soupir l'asphyxie.

Peter,
Lui,
Se délasse,
Sous les caresses expertes d'une masseuse sévère,
Lascif sous le soleil,
Et soutient les oeillades que lui glisse Adonis aux muscles si gracieux.

Alice est transformée en sosie saisissant d'une succube indécente ;
Détenue à la laisse par un as de pique,
Elle dispense ses danses en spirales subversives.

Ses canines ont poussé,
Elle a soif de raisin,
Sa tresse est constellée d'escarboucles luisantes,
Ses iris s'assombrissent,
On succombe ou trépasse.

(M)alice a pris la place,
Transcende l'éducation et dépose la noblesse de l'édifice scabreux où elle se prélassait,
Malice impératrice.

Peter siffle un soupir,
S'excuse sans un espoir,
Sa messe est déjà dite,
Sa prêtresse l'a chassé avec les excréments,
Ne lui reste qu'à s'occire,
Couper sa connexion et reposer ses pas sur des sentiers réels.

Pour Peter et Malice,
L'assuétude s'est disjointe ;
L'une s'oublie en esquisses d'une vie fantasmée,
L'autre s'enfonce,
Sursautant,
En soucis fallacieux ;
Ne leur reste en l'espèce que l'étrange ressenti d'avoir saisi,
Séduits,
Une parcelle incertaine de passion impossible.

(Grmbl, perdu les crédits de l'illustration. Impossible donc de mentionner son auteur, veuille-t'il m'en pardonner ...
Ha non, c'est marqué sur l'image ...
Illustration de Rusty, donc, surnom d'Elodie, trouvé sur
Lostfish.fr

071214)

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samedi 5 avril 2008

De l'aveu en français d'une certaine faiblesse

Il y a bien longtemps, je publiais une note sur le projet PostSecret. Ce projet est défini comme suit : PostSecretFrance est un projet artistique qui permet à n'importe qui de partager ses secrets en les écrivant sur une carte postale de façon créative et anonyme et de les envoyer par la poste.

Les plus perspicaces auront noté la mention de France accolée à Post Secret. En effet, à l'heure où je postais la première note, n'était - du moins à ma connaissance - disponible qu'une verson anglosaxonne, pour ne pas dire américaine du projet. Et voici que consultant la mise à jour hebdomadaire après une longue absence, je trouve mention des versions françaises, allemandes et espagnoles de ce même projet.

Une copine à l'époque m'avait rétorqué, alors que je lui faisais découvrir le blog, qu'elle ne voyait pas l'intérêt de tout ça. Sans doute l'humanité, par ses peines et ses joies, ses déceptions et ses espoirs ne l'intéressait-elle pas, à plus forte raison en langue anglaise. Peut-être changera-t'elle d'avis en prenant connaissance de cette version - si d'aventure elle tombait sur SourLounge ...

Ne comprenant pas un traître mot d'allemand, je laisse les germanophones découvrir par eux-mêmes la teneur de son contenu. De même, les hispanophones devront se contenter d'une traduction dans la langue de Cervantès du PostSecret original.

Ne reste donc qu'à vous proposer quelques extraits du PostSecret français.

Florilège

divinement

2_viole

planifie

faible

invente

reussites

6chemin

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mercredi 26 mars 2008

De la juste contention du hurlement

(Exercice d'écriture sur le thème Le Biberon, avec pour contraintes l'emploi des mots chèvre, chenu, chemin, cheville, pour le forum Ogame)

Oh_Baby_by_jacknash

Son chiard le rend chèvre. Pas au sens propre, bien sûr, il n'a jamais compris le rapport entre monsieur Seguin et l'envie irréelle de farcir du gigot gigotant et geignard, mais simplement le sens figuré le ferait brouter la moquette si cela suffisait à faire taire l'informe braillard.

Ho évidemment on l'a prévenu, c'est bruyant ces choses là. Pourtant, dénicher une jeune et jolie mère célibataire que son grand âge dissuade moins que jouir de sa petite retraite agricole a bien aidé à le décider, au point que l'idée de la marier en cloque paraisse bien minime.

Tout de même. Quelque chose lui laisse à penser qu'un petit français bien de son sang aurait fait moins de manière à cette heure avancée de la nuit que le lardon est-post-soviet gagné en bonus. Chierie d'internet !

Ajoutez que ladite mère court le guilledou, pas folle la guêpe, en lui laissant sa petite musique de nuit, et vous saisirez comme la grande, de musique, s'en prend un revers entre les notes.



Couche ? Changée, simplement pour la conscience, il lui aura épargné l'arme chimique ; la sirène résonne toujours. Biberon ? Vidé, roté, vomi, en autant de temps qu'il faut pour le dire ; pause borborygmes. Berceuse ? La jument de Michot, la blanche hermine et les prisons de Nantes ne doivent pas parler à ce qui fut conçu de l'autre côté du chemin des dames ; pas assez révolutionnaire.

Alors on berce, le lit est fait pour, dans l'espoir que tanguer façon grosse mer assomme assez la corne de brume pour la noyer dans ce foutu sommeil. L'espoir fait vivre à défaut de résoudre le problème.



Au début il a pris ce genre de manière avec philosophie. Quand on est un tube digestif, pas facile de faire savoir ce qu'on attend du monde, normal que ça couine.

Fin de la première semaine, il a déchiré son oreiller, rageur. Fin de la troisième, les instants de silence étaient meublés d'un bourdonnement irritant qui lui a fait songer que boum, ça y est, surdité galopante, assez pour ne rien entendre du quotidien, pas assez pour s'exiler loin du hurlement systématique. A la sixième, elle lui a expliqué que si tu vouloir moi, tu vouloir bébé moi. C'est con les bonnes femmes, il avait dégoté un orphelinat à quelques encablures.

Faut dire que l'ex-douce électronique s'est vite mise en cheville avec le klaxon pour lui taquiner les nerfs. Genre course de relai. Quand la progéniture reprend son souffle, la bougresse donne dans le mélodrame suraigu. Tu pas aimer enfant moi. Tu préférer vaches. Tu pas comprendre moi besoin vivre ville. Moi pas quitter pays pour enfermer fils moi pareil. A se demander si le mariage n'était pas un peu précipité.



Hoquet de sursis, inspiration, et c'est reparti de plus belle. Dingue ce que ça peut avoir comme poumons avec cette taille.

Un petit tour dehors, histoire de se dégourdir les gambettes jusqu'au saule chenu tant que pleureur, pas de raison d'être le seul à déguster. Et puis qui sait, avec ce froid il chopera bien une extinction de voix. Du moins si le compère adoptif n'hérite pas d'une pneumonie avant. Saloperie ! Même les éléments sont dans l'équipe des visiteurs.

Encore heureux que ça pèse moins que ça ne fait de bruit. Sitôt rentré, il attrape la bouteille de gnôle planquée au fond du placard et s'en verse une bonne lichette à même la cafetière. Quitte à ne pas dormir ... Un coup de casserole sur le réchaud, que les deux stimulants se lient bien, et on coupe avant ébullition, café bouillu, café foutu.

Ca brûle les lèvres, ça brûle la langue, ça brûle le gosier, ça brûle l'œsophage, ça brûle l'estomac, et à peine ça se calme que l'alcool se réveille et passe la seconde couche. Un bien doux enfer en regard des grandes orgues.



Le souvenir l'assaille à la seconde lampée, alors que ses yeux mouillent. D'accord le pépé y allait au gros rouge, mais on dit qu'ils ont ça dans le sang par là-bas. Et puis au point où on en est.

Opération délicate, le col est étroit, il en met une sacrée dose à côté. Un coup de lait de la roussette. Agitez, goûtez pour la température, enfournez.





***





Lorsque Deirdre revient, à peine avant le lever du soleil, elle est déjà prête à affronter le vieux et ses récriminations.

Et puis elle les voit, le petit dans les bras du grand, en travers du canapé élimé. Elle monte prendre une couverture, la dépose doucement sur eux et se prend à sourire.

Pour la première fois, elle a le sentiment que son fils a trouvé son père. Sans doute les ronflements sonores qu'ils partagent.


Illustration : Oh Baby, par ~jacknash, sur DeviantArt
071209

Posté par aanubis à 14:00 - Copisteries monacales - Commentaires [3] - Permalien [#]



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