Sour Lounge

:::Vivisection à blog ouvert::: ::::::::::::Part2::::::::::::::::

dimanche 25 mai 2008

De la grandeur des petites semaines (part1)

Computer_Man_by_Myklbn

Je me réveille avec le cœur en panique. Effet secondaire du cocktail d’amphétamines à retardement concocté par le pote chimiste. Il m’a prévenu : abuse pas Sven, c’est plus de ton âge ce genre de connerie. Ouais. Tout à fait d’accord. Mais en ce moment, la situation exige que je sois d’attaque à peine ouverts les yeux, quelque soit le déficit de sommeil. Puis j’ai toujours détesté les réveille-matin.

D’ailleurs le matin est bien loin, dans un sens comme l’autre. Il était déjà oublié quand je me suis résolu à sacrifier un temps précieux, et le dosage devait m’assurer trois heures de repos, pas une de plus. De quoi choper le grand flux des connexions post professionnelles, vers dix-huit heures.

Je sentirais presque mes nerfs crépiter, alors que les courbatures me déchirent langoureusement les muscles. Pas à dire, entre ça, la tachycardie et la bouche pâteuse, faut vraiment avoir une excellente raison de gober ces saloperies de merveilles biochimiques. Ca tombe bien, j’en ai une et me la fait.

L’interface vidéo de la console luit tranquillement sur la table de chevet. J’attrape le casque holovid et les gants de contact virtuel, me cale confortablement dans le mauvais futon, un oreiller sous les mollets pour pallier aux problèmes de circulation, et rallume un cul de joint, une pause avant le grand saut, un bémol à la chamade qui refuse de se calmer. Un dernier soupir, mi-anxieux, mi-impatient, et je chausse les interfaces, casque aux tempes, gants au pouls. Plongeon.



Mes paupières convulsent sitôt les premiers assauts du kaléidoscope et la connexion s’initie en une longue chute dans ce trou noir aux mille couleurs. Je me demande parfois si, en plus de mon esprit, mon corps ne s’étire pas jusqu’à devenir un mono-filament susceptible de s’infiltrer entre les électrons. Les rares à m’avoir observer en pleine Course m’ont assuré que non. Ou alors ils étaient sous trip acide. Je ne sais encore lesquels je veux croire.

L’esprit se reconfigure avant la dissolution finale. Son champ de perception est désormais virtuel, une reconstitution holographique de zéros et de uns, fortement inspirée de cette vieille trilogie protointernétique un peu niaiseuse, et recompilée en volumes projetés directement dans le cerveau. Les yeux se font berner à tous les coups.

Le routeur fait transiter mon signal à travers le monde. Sydney la survivante, Bangkok la toxique, Bagdad la dissidente, Nairobi la spatiale, entre autres serveurs. Autant de sauts de puce destinés uniquement à dissimuler mon point de départ. Mes activités ne m'attirent pas que des sympathies, quelques services, gouvernementaux ou privés, donneraient cher pour me localiser physiquement. J'aimerais leur gâcher ce plaisir un peu plus longtemps.

Enfin je peux me risquer aux portes de mon domaine. Face à moi, la double hélice de mon ADN. Deux serpents de briques multicolores ondulant, aussi lascifs que dangereux. Faisant fi de leurs crochets menaçants, je réorganise les codons pour reproduire l'ADN d'une inaccessible aimée. Je n'en connaîtrai jamais plus que la mèche de cheveux offerte comme témoignage d'amour, ainsi l'immortalisai-je. Je reconfigure ensuite le gêne de la couleur des yeux, les faisant passer d'un bleu limpide à un jaune d'or. Petite précaution supplémentaire dans mon codage. Tellement risible.



Fermeture éclair bioélectronique. Les créatures s'ouvrent sur l'espace privé que je me suis ménagé dans la Toile. Disques miroirs et ordinateurs zombifiés, alors connectés, unissent leurs ressources pour reproduire un squat bordélique, mon véritable chez-moi.

Je prends place dans un vieux siège de voiture, plus confortable qu'il n'y paraît, sa programmation m'a demandé quelques heures, et tend la main vers une étagère surchargée de bouquins en éditions de poche. Chaque volume est une base de données d'une valeur très estimable, pour qui en a les moyens. La somme de mes collectes d'informations, ma seule source de revenu.

J'attrape Le Prince, de Machiavel, seul à portée de main. S'y trouve l'accès à ce forum privé pour lequel j'ai sacrifié mes dernières nuits. Je tourne quelques pages, soulignant du doigt certains mots, un mur couvert de graffitis bariolés s'efface devant moi. J'y suis. Je vais pouvoir prendre connaissance des dernières avancées de mes camarades.

Ne me reste qu'à revêtir le masque sous lequel parais, jeans noirs, tee-shirt noir, Docs noires sur peau blafarde. Anodin sans être invisible. Pratique pour mettre les interlocuteurs en confiance. Dans le cas contraire, mes traits insipides fondent au rythme de la cire soumise au chalumeau. Les gens aiment moins. Les autres runners s'en foutent juste assez pour savoir qu'à ce moment il faut commencer à me prendre au sérieux.



Je passe l'ouverture pour me retrouver sur une place pavée s'étendant à l'infini sous un ciel de magma. Karma Court, le forum des non affiliés. LE lieu par lequel circule toute information un rien sensible, à peine extraite des forteresses de données fraîchement crackées. Autant dire que la faune des habitués regroupe à elle seule l'essentiel des criminels informatiques que comportent les listes américaines, européennes et asiatiques. Cumulées. Particulièrement ces derniers jours.

« Bon somme ? » m'apostrophe ~°Bathory°~. Je lui réponds une grimace explicite avant de m'enquérir des nouvelles données. « Krueger666 nous a confirmé que l'Entité ne vient pas des agences US, » me confie la beauté en robe de comtesse. « Il y a perdu quelques uns des ses programmes fétiches, mais l'information est certaine. Les fédéraux sont sur les dents, niveau d'alerte rouge sur tous leurs systèmes, et ils offrent des sommes pharamineuses à quiconque possède quelque chose sur le code source de l'Entité. »

Difficile de dire si la nouvelle est bonne ou non. Quand de telles agences gouvernementales en sont rendu à quémander ouvertement, on est en droit d'avoir des sueurs froides.

« Pareil pour les russes et les chinois, » poursuit-elle. « Tu savais que Hierophant avait ses entrées au FSB ? Souvenir de jeunesse. Son indic n'a même pas cherché à marchander, pour te dire le bordel. Et Beijing a rappelé tous ses supplétifs, y compris les plus autonomes, en prévision d'une nouvelle intrusion. =Red=Star= a juste eu le temps de nous passer l'info avant que sa connexion – et ses services, soient réquisitionnés. »

Il me faudrait une éponge virtuelle pour mettre un terme au ruissellement virtuel. Quelque part dans le monde, mes draps doivent être trempés.

(A SUIVRE)

Photo : Computer_Man, par Myklbn's, in DeviantArt

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samedi 10 mai 2008

De la brieveté des expositions

Trois raisons d'apprécier le blog short-exposure :

  • La recherche d'univers (photo)graphiques originaux.
  • La sobriété élégante des présentations.
  • La démarche de partage du beau.

dorothy_shoes1

matt_stuart3

saligia2

Photos: Dorothy-shoes (photo 1), Matt Stuart (photo 2) et Julia Dunin-Brzezinska (photo 3)

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vendredi 25 avril 2008

De la machine à remonter le temps

time_by_dibbi

Tiédeur moite et jasmin,
Chants d'oiseaux,
Nuit mourrante.
Goût âcre sur la langue.

La lumière vainc les ombres,
Résolutions vacillent,
Heure propice aux faiblesses,
Il succombe à l'envie.
L'occasion est trop rare pour la laisser passer,
Et qu'importe le risque,
Il donnera volume.

Face à lui la console,
Dans sa gangue de plastique,
N'attend plus que sa main pour lever le capot.
Il diffère le moment,
Un soupçon de fierté,
Il attise le désir,
Le temps sera compté.

Les nuages sont un mur,
Bandeau sombre et étroit surplombant l'horizon,
Frontière ombre et lumière.
L'eau miroir se reflète en trainées orangées,
Coquetterie prélude pour naissance entre flots.

Il écrase un mégot aux senteurs mentholées,
Se permet un soupir accents réprobation,
Et arque sa colonne pour accéder au sol,
En tailleur sur coussin face à la table opium.

À l'abri d'une colline,
L'astre achève la pénombre en pointant son museau par dessus glace argent.
Une dernière lueur fait de la résistance sur le velours passé de l'agonie nocturne.

Ses longs doigts sont caresses sur le plastique ébène,
Suaves préliminaires après la longue absence.
Puis son pouce fait déclic,
L'écran est relevé,
Crépite d'excitation et s'éclaire et soupire.

Derrière lui la fatigue menaçant longue veille s'enfuit à tire d'ailes sous les coups de l'aurore.
Nouveau souffle,
Phénix,
Un jour neuf,
Un homme neuf,
Résolutions trahies et amours exhumées.

Connexion pacemaker,
Compte à rebours vital,
Interface neuronale,
Communion de métal.
Sa vie tient à un câble tendu entre deux mondes,
Une course pieds nus sur un fil de rasoir.

Le jais se fait pervenche,
Les murailles s'étiolent,
Emeraudes et rubis s'embrasent sous projecteur.
Un vent frais vient du large,
Parfums d'iode et ressac,
L'humidité s'estompe,
Il frissonne,
Transition.

Les électrons inondent ses neurotransmetteurs sitôt sont déployés les fils de la Toile,
Et il plonge,
Ebloui,
A travers la silice,
Saute entre satellites,
Court à coeur fibre optique.

Le temps est à rebours,
Une poignée de minutes,
Sablier virtuel sur battements de coeur.
Il ne peut qu'une passe entre temps et espace,
Sa batterie interne ne tiendra très longtemps.

Dans le premier instant,
Il contemple algorithmes et circonvolutions du réseau de lumière,
Gaspillage précieux,
Retrouver sensations,
Reprendre ses repères,
Gouter la perception.

Dans le second instant,
Il incarne son âme dans la gangue torturée d'un chacal aux traits durs,
Antidieu des sépulcres,
Hybride cybernétique,
Image confidentielle pour occasions uniques.

Au troisième mouvement,
Il repère la structure où apposa son verbe par-delà les fuseaux.
Elle bruisse d'activité,
Des silhouettes s'agitent,
Heure de pointe,
Rendez-vous d'une fin de journée.

Au quatrième mouvement,
Il distingue les alcôves,
Les tribus qui les hantent et les électrons libres.
Stratèges et victimes,
Graphistes,
Orateurs,
Joueurs et papoteurs,
Rédacteurs et poètes.

Au cinquième moment,
Reconnaît des présents,
Gardiens,
Fidèles,
Anciens,
Dames et seigneurs aimés.
La belle chante les victoires,
L'homme en plus polémique,
La rêvée maintient l'ordre,
L'animal joue du mot.

Au sixième moment,
Les battements trébuchent,
Un avertissement de la réalité,
Tant à voir en si peu,
Charger banques de mémoires,
Effleurer âmes fugaces et saluts éphémères.

Au septième martèlement,
Fait naître de griffes et crocs arabesques sensibles,
Paysages terre lointaine,
Fragrances de fleurs fraîches,
Caresses de lèvres tendres,
Rires d'enfant insouciant et saveurs madeleine.

Puis la douleur jaillit,
Irradiant corps esprit,
Signale point non retour de ses vrilles acérées.
Il s'éjecte en urgence,
Echappe à la machine,
Il a encore à vivre avant fusion métal.

Le soleil brûle sa peau,
Il a passé les crêtes,
Chassant l'humidité pour apurer le ciel.
Le jour est encore jeune,
La chaleur reste viable,
La soif qui le saisit est d'une source autre.

Il préfère se lover dans les lourdes vapeurs des herbes résineuses,
Tant pis pour gorge sèche.
Craquement allumette,
Craquement de ses os,
Il se déplie enfin d'une lenteur étudiée.

A ses lèvres un sourire flotte comme un fantôme,
Nostalgie adoucie tout autant qu'attisée,
Les souvenirs s'emmêlent,
La frustration s'étend,
L'impression assassine d'avoir failli toucher.

Ils lui manquent tellement qu'il en oublierait presque les raisons de l'exil.

Illustration : time by 'dibbi sur DeviantArt

(manquait la date : 081124)

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jeudi 10 avril 2008

Des chemins de virtualité

182



Quand Alice s'interface,
Assise devant sa glace,
Elle grandit,
Rapetisse,

Expose ses facettes,

Et disserte,

Séduisante,

Face au public de masques.

Cette masse solitaire,
Vissée à même la nasse lui sourit,
La conspue,
L'encense ou la menace,
Selon les facéties de ses humeurs fantasques.

Sur une souris cyclope,
Elle saute de scène en scène,
De l'extatique félin au chapelier cinglé,
Lie connaissance cintrée,
Suite à observation ;
Peter cesse la hanter,
Distraite de la sorte.

Le garçon,
Lui,
S'ennuie,
Adossé à sa porte,
Sniffe un songe,
Diversion,
Puis s'envole en silence suriner ses souv'nirs en cieux imaginaires.

Alice aime qu'on la suive,
Symptôme du célibat ;
Sensuelle et sincère,
Son innocence l'assure d'un succès insouciant et les princes la pressent de messages incendiaires.

Elle saisit les instants,
Et ce faisant elle froisse la maîtresse sans conteste de la classe des cartes,
Despote incontestée,
Au souffle en proportion de sa poitrine obscène incisée du dessous.

La forcenée ordonne qu'on lui pose un corset,
Sombre,
Serré,
Sculptant ;
Une serrure sur les reins séquestre le désir,
Le soumet au caprice de votre majesté,
Un soupir l'asphyxie.

Peter,
Lui,
Se délasse,
Sous les caresses expertes d'une masseuse sévère,
Lascif sous le soleil,
Et soutient les oeillades que lui glisse Adonis aux muscles si gracieux.

Alice est transformée en sosie saisissant d'une succube indécente ;
Détenue à la laisse par un as de pique,
Elle dispense ses danses en spirales subversives.

Ses canines ont poussé,
Elle a soif de raisin,
Sa tresse est constellée d'escarboucles luisantes,
Ses iris s'assombrissent,
On succombe ou trépasse.

(M)alice a pris la place,
Transcende l'éducation et dépose la noblesse de l'édifice scabreux où elle se prélassait,
Malice impératrice.

Peter siffle un soupir,
S'excuse sans un espoir,
Sa messe est déjà dite,
Sa prêtresse l'a chassé avec les excréments,
Ne lui reste qu'à s'occire,
Couper sa connexion et reposer ses pas sur des sentiers réels.

Pour Peter et Malice,
L'assuétude s'est disjointe ;
L'une s'oublie en esquisses d'une vie fantasmée,
L'autre s'enfonce,
Sursautant,
En soucis fallacieux ;
Ne leur reste en l'espèce que l'étrange ressenti d'avoir saisi,
Séduits,
Une parcelle incertaine de passion impossible.

(Grmbl, perdu les crédits de l'illustration. Impossible donc de mentionner son auteur, veuille-t'il m'en pardonner ...
Ha non, c'est marqué sur l'image ...
Illustration de Rusty, donc, surnom d'Elodie, trouvé sur
Lostfish.fr

071214)

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samedi 5 avril 2008

De l'aveu en français d'une certaine faiblesse

Il y a bien longtemps, je publiais une note sur le projet PostSecret. Ce projet est défini comme suit : PostSecretFrance est un projet artistique qui permet à n'importe qui de partager ses secrets en les écrivant sur une carte postale de façon créative et anonyme et de les envoyer par la poste.

Les plus perspicaces auront noté la mention de France accolée à Post Secret. En effet, à l'heure où je postais la première note, n'était - du moins à ma connaissance - disponible qu'une verson anglosaxonne, pour ne pas dire américaine du projet. Et voici que consultant la mise à jour hebdomadaire après une longue absence, je trouve mention des versions françaises, allemandes et espagnoles de ce même projet.

Une copine à l'époque m'avait rétorqué, alors que je lui faisais découvrir le blog, qu'elle ne voyait pas l'intérêt de tout ça. Sans doute l'humanité, par ses peines et ses joies, ses déceptions et ses espoirs ne l'intéressait-elle pas, à plus forte raison en langue anglaise. Peut-être changera-t'elle d'avis en prenant connaissance de cette version - si d'aventure elle tombait sur SourLounge ...

Ne comprenant pas un traître mot d'allemand, je laisse les germanophones découvrir par eux-mêmes la teneur de son contenu. De même, les hispanophones devront se contenter d'une traduction dans la langue de Cervantès du PostSecret original.

Ne reste donc qu'à vous proposer quelques extraits du PostSecret français.

Florilège

divinement

2_viole

planifie

faible

invente

reussites

6chemin

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mercredi 26 mars 2008

De la juste contention du hurlement

(Exercice d'écriture sur le thème Le Biberon, avec pour contraintes l'emploi des mots chèvre, chenu, chemin, cheville, pour le forum Ogame)

Oh_Baby_by_jacknash

Son chiard le rend chèvre. Pas au sens propre, bien sûr, il n'a jamais compris le rapport entre monsieur Seguin et l'envie irréelle de farcir du gigot gigotant et geignard, mais simplement le sens figuré le ferait brouter la moquette si cela suffisait à faire taire l'informe braillard.

Ho évidemment on l'a prévenu, c'est bruyant ces choses là. Pourtant, dénicher une jeune et jolie mère célibataire que son grand âge dissuade moins que jouir de sa petite retraite agricole a bien aidé à le décider, au point que l'idée de la marier en cloque paraisse bien minime.

Tout de même. Quelque chose lui laisse à penser qu'un petit français bien de son sang aurait fait moins de manière à cette heure avancée de la nuit que le lardon est-post-soviet gagné en bonus. Chierie d'internet !

Ajoutez que ladite mère court le guilledou, pas folle la guêpe, en lui laissant sa petite musique de nuit, et vous saisirez comme la grande, de musique, s'en prend un revers entre les notes.



Couche ? Changée, simplement pour la conscience, il lui aura épargné l'arme chimique ; la sirène résonne toujours. Biberon ? Vidé, roté, vomi, en autant de temps qu'il faut pour le dire ; pause borborygmes. Berceuse ? La jument de Michot, la blanche hermine et les prisons de Nantes ne doivent pas parler à ce qui fut conçu de l'autre côté du chemin des dames ; pas assez révolutionnaire.

Alors on berce, le lit est fait pour, dans l'espoir que tanguer façon grosse mer assomme assez la corne de brume pour la noyer dans ce foutu sommeil. L'espoir fait vivre à défaut de résoudre le problème.



Au début il a pris ce genre de manière avec philosophie. Quand on est un tube digestif, pas facile de faire savoir ce qu'on attend du monde, normal que ça couine.

Fin de la première semaine, il a déchiré son oreiller, rageur. Fin de la troisième, les instants de silence étaient meublés d'un bourdonnement irritant qui lui a fait songer que boum, ça y est, surdité galopante, assez pour ne rien entendre du quotidien, pas assez pour s'exiler loin du hurlement systématique. A la sixième, elle lui a expliqué que si tu vouloir moi, tu vouloir bébé moi. C'est con les bonnes femmes, il avait dégoté un orphelinat à quelques encablures.

Faut dire que l'ex-douce électronique s'est vite mise en cheville avec le klaxon pour lui taquiner les nerfs. Genre course de relai. Quand la progéniture reprend son souffle, la bougresse donne dans le mélodrame suraigu. Tu pas aimer enfant moi. Tu préférer vaches. Tu pas comprendre moi besoin vivre ville. Moi pas quitter pays pour enfermer fils moi pareil. A se demander si le mariage n'était pas un peu précipité.



Hoquet de sursis, inspiration, et c'est reparti de plus belle. Dingue ce que ça peut avoir comme poumons avec cette taille.

Un petit tour dehors, histoire de se dégourdir les gambettes jusqu'au saule chenu tant que pleureur, pas de raison d'être le seul à déguster. Et puis qui sait, avec ce froid il chopera bien une extinction de voix. Du moins si le compère adoptif n'hérite pas d'une pneumonie avant. Saloperie ! Même les éléments sont dans l'équipe des visiteurs.

Encore heureux que ça pèse moins que ça ne fait de bruit. Sitôt rentré, il attrape la bouteille de gnôle planquée au fond du placard et s'en verse une bonne lichette à même la cafetière. Quitte à ne pas dormir ... Un coup de casserole sur le réchaud, que les deux stimulants se lient bien, et on coupe avant ébullition, café bouillu, café foutu.

Ca brûle les lèvres, ça brûle la langue, ça brûle le gosier, ça brûle l'œsophage, ça brûle l'estomac, et à peine ça se calme que l'alcool se réveille et passe la seconde couche. Un bien doux enfer en regard des grandes orgues.



Le souvenir l'assaille à la seconde lampée, alors que ses yeux mouillent. D'accord le pépé y allait au gros rouge, mais on dit qu'ils ont ça dans le sang par là-bas. Et puis au point où on en est.

Opération délicate, le col est étroit, il en met une sacrée dose à côté. Un coup de lait de la roussette. Agitez, goûtez pour la température, enfournez.





***





Lorsque Deirdre revient, à peine avant le lever du soleil, elle est déjà prête à affronter le vieux et ses récriminations.

Et puis elle les voit, le petit dans les bras du grand, en travers du canapé élimé. Elle monte prendre une couverture, la dépose doucement sur eux et se prend à sourire.

Pour la première fois, elle a le sentiment que son fils a trouvé son père. Sans doute les ronflements sonores qu'ils partagent.


Illustration : Oh Baby, par ~jacknash, sur DeviantArt
071209

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mardi 11 mars 2008

De la vertu du dialogue (part2)

pregnancy_version_two_by_Klappspaten

Etrange comme parfois on réalise un manque en le comblant. Jusque là je m'en passais volontiers, appréciant ceux des amis tout en déplorant les voir ainsi yoyoter, prisonniers de leur nouveau petit animal, condamnés à l'élever du mieux possible, affolés parfois par l'ampleur de la tâche. Et d'un coup, je réalise à quel point ceci me manquait, à quel point j'attendais cet instant, à quel point je déguisais ce sentiment sous le cynisme.

Je vais être papa.

Mince, il me tarde d'y être. D'ailleurs, je me demande pour quand c'est. Tiens oui, depuis quand elle est enceinte ? Impossible de me baser sur ses règles, elles lui sont plutôt clémentes, et la vue du sang n'effrayant ni l'un ni l'autre, ne nous retiennent pas pour faire l'amour. J'y songe ! Je croyais qu'elle prenait la pillule. Encore une cachotterie d'importance. Combien d'autres ?

La douce chaleur vacille sous l'interrogation. De soudain songer que je ne suis peut-être pas le père la menace d'extinction. Puis elle repart de plus belle.

Je vais être papa.

Je n'ai aucune raison de douter de sa fidélité, ce n'est qu'une rancoeur résiduelle. Et quand bien même. Je me fous au plus haut point de transmettre mes gênes, mon sang. Tout ce qui importe c'est cette petite fille qui lui pousse dans le ventre. Ou ce petit garçon.

Je vais être papa.

Et puis elle a déjà voulu m'en parler. Entre deux portes. Un matin, quand j'étais en retard. Je ne supporte pas ça. Et une autre fois, encore haletante de nos acrobaties, lovée dans mes bras. J'ai du m'endormir. Une autre fois encore, je ne sais plus à quelle occasion. Et puis ses regards amoureux lorsqu'elle berçait la petite de ma meilleure amie, ses soupirs envieux en croisant une poussette, ses sourires inattendus en contemplant les mômes du jardin d'enfants.

Oui, elle m'a déjà fait passer le message un sacré nombre de fois, et moi, effrayé alors par l'idée, j'ai refusé de l'entendre, de la voir.

Merde. Non seulement elle me fait un bébé dans le dos, mais en plus je l'ai mérité.

Et à l'heure actuelle elle doit me haïr de toutes ses forces, se demandant quelle sotte idée lui est venue de vouloir mon enfant.

Merde, merde, merde.

Et je vais être papa.

Face à moi, les téquilas patientent, le soda s'éventant lentement, au point qu'elles ne pourront bientôt plus être frappées. En ai-je vraiment besoin.

Je les heurte et les avale l'une à la suite de l'autre. Oui. Vu mon comportement minable, je vais en avoir besoin pour ne pas me murer dans le silence et accepter son mépris.

Je profite que l'alcool n'ait encore fait son effet pour sauter dans ma voiture et rentrer en quatrième vitesse. Deux feux rouges grillés, crissements de pneus et klaxons.

Je vais être papa.

Le cactus se répand dans les veine juste à temps pour me donner le courage de passer la porte.

Elle est dans le canapé, un mug entre les mains, et fixe un point à ma droite, sourcils froncés, traits tirés.

Je dépose les viennoiseries sur la table en silence, sans oser croiser son regard.

Yeux et nez rouges. Elle a pleuré. Beaucoup. Je suis un sale con.

Je m'asseois enfin devant elle, pas fier. Dans son regard, la tristesse dispute à une colère glaciale le sentiment le plus vif. Elle ne bouge pas. Pas encore. Faut-il qu'elle m'aime pour me laisser une telle chance.

J'aimerais prendre sa main. Je sais que ce n'est pas ce qu'elle attend, alors je m'abstiens, un rien suffira à faire basculer notre couple. A la place, je coince les miennes entre mes genoux, et lui répond d'un air piteux.


- Je serai un homme heureux si tu veux la garder.


Son visage explose à ces mots, deux sphères de pur bonheur s'embrasent où étaient ses yeux, un sourire étincellant déchire ses joues, sa peau prend la teinte de son nez encore gouttant. D'un bond elle me saute dessus, le mug explose sur le carrelage, et riant autant que pleurant, elle me martèle de coups de poings, puis vient se blottir sur mes genoux. Je la serre contre moi, à la rompre, mes larmes se mêlent aux siennes.


- Je te déteste. Et je t'aime. Et je veux les garder.


Merde. Je vais être doublement papa ...

Illustration : pregnancy version two, par ~klappspaten, sur DeviantArt
070709

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jeudi 6 mars 2008

De la vertu du dialogue (part1)

Fertility_by_AlterdReality





- Je suis enceinte.


Ses mots me parviennent à l'improviste, alors que je m'apprête à sortir nous chercher un petit déjeuner dominical. Un coup de poignard oral dans le dos. Je reste la main sur la poignée de porte quelques secondes, songeant que la voix n'est guère ensommeillée pour qui émerge à peine des bras de Morphée, et quitte l'appartement en silence.

Garage, voiture, route. Le temps s'est contracté au point de ne l'avoir vu passer. Je réalise soudain qu'à serrer le volant de la sorte, je pourrais le tordre en deux. Comme mes dents pourraient se briser sous la contraction des mâchoires.

Je ne supporte pas cette façon de faire, de glisser un sujet important au gré d'une conversation anodine ou entre deux portes. Je ne le supporte pas, à m'en rendre malade. Ho je ne demande pas un entretien officiel, simplement de ménager un temps et un espace particuliers pour aborder les sujets sensibles. En outre j'aime les surprises, un reste de naïveté voulant que les bonnes soient plus nombreuses que les mauvaises. Pourtant je ressens comme une traîtrise dans ce type d'annonce, ainsi que si l'on profitait d'un instant de distraction de l'adversaire pour lui administrer un coup fatal. Je ne supporte pas.

Boulangerie. La petite dame se tasse de frayeur lorsque je me retourne brusquement. Du bout du doigt, elle me désigne ma monnaie que j'ai oublié. Je grogne quelques excuses inaudibles et quitte le magasin à grands pas.

Je ne supporte pas l'idée que depuis des heures, des jours ou des semaines elle savait et s'est tûe, choisissant le moment le moins opportun pour faire son effet d'annonce. Nous aurions pu en parler hier soir, avant qu'elle s'endorme, avant que nous nous aimions sauvagement, avant que nous ne commencions à picorer un dîner. Nous aurions pu encore en parler ce matin, dans la tiède chaleur de la couette, alors qu'elle faisait semblant de dormir. Je ne supporte pas qu'elle ait laissé passer ces moments pour me cueillir sur le pas de la porte.

Bar. Je suis au bar. A neuf heures du matin. Un dimanche. Dire que je me suis levé, oubliant mes habitudes de grasses matinées, pour lui faire une gentille surprise. Et elle me balance ça, même pas au visage.


- ... un café ?


Café ? Ho ! La petite serveuse me regarde avec un sourire un peu éberlué. Je me demande combien de fois elle m'a posé la question.

Elle me fait répéter ma commande, un pli soucieux sur le front. J'articule distinctement, de sorte qu'elle puisse lire sur mes lèvres la confirmation.


- Trois téquilas ?!


Oui. Pourquoi trois, pourquoi téquila, je ne sais pas. C'est la première chose qui m'est venue à l'esprit à travers les langues de colère qui me lèchent le cerveau. Elle n'aime pas la téquila, surtout frappée, trop prompte à éclater en corolles d'ivresse sous le crâne. Elle n'aimerait sans doute pas plus me savoir commencer ainsi la journée. Je n'aime pas qu'on m'annonce les choses ainsi.


- Pardonne l'indiscrétion, mais tout va bien ?


Elle est gentille cette petite et je sais que sa préoccupation n'est pas seulement marchande. Disons que je passe assez de temps ici à lire devant un irish coffee pour qu'une certaine affection envers cet étrange client soit née. Elle est assez réciproque pour que je lui réponde.


- Annabelle est enceinte ...

- Ho ... Vues ta tête et les téquila, je ne sais pas ce qu'il faut dire, mais en tout cas elles sont pour moi.


Elle s'en retourne sans attendre ma grimace de remerciement, et je réalise la nouvelle comme un uppercut au foie.

Annabelle est enceinte.

Annabelle est enceinte.

Je vais être papa.

Merde. Je vais être papa, Annabelle est enceinte. Quelque chose qui n'est pas sans rappeler un orgasme me parcourt le corps d'une seule vague.

Papa.

Je vais être papa.

Merde. Une douce chaleur reste en place à l'idée de la petite fille qui va arriver. Ou du petit garçon. Qu'est-ce que je préfère d'ailleurs ? Marrant ça. J'ai coutume d'arborer un rictus cynique quand amis ou amies m'annoncent qu'ils préfèreraient l'un ou l'autre, alors que je sais pertinemment que l'un comme l'autre les rendront fous de joie, et voilà que je me pose la question. Et y trouve une réponse. Je préfèrerais une fille, sans doute pour être du bon côté de l'Oedipe.

Je réussis à me tirer un sourire tout seul. Bref, mais un sourire tout de même.

Je vais être papa.

Finies les soirées, finis les excès, finie la vie sans borne ni repère, finies les grasses matinées. Hm ... Dit comme ça, ça ne fait pas envie. Ai-je envie d'ailleurs ?

Je vais être papa.

Bien sûr que j'ai envie. M'aurait-on posé la question seulement hier, j'aurais trouvé un argumentaire abscons sur l'avenir de la planète, le règne de l'enfant-roi, l'incertitude permanente d'avoir trouvé la mère ou la nécessité d'être assez mature. Hier. Aujourd'hui je vais être papa.

(A Suivre)

Illustration : Fertility, par *AlterdReality, sur DeviantArt

Posté par aanubis à 14:00 - Copisteries monacales - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 1 mars 2008

De la coordination des photos

Bon. J'avais dans l'idée de piocher quelques belles photos dans zyeuter.com, histoire de remettre une touche de gaieté par ici, par là, un poil de couleur qui jurerait heureusement avec tout ce noir. Manque de bol, j'ai une note qui me taquine depuis un bout de mois, et je suis retombé dessus autant qu'émerveillé par la délicatesse mélancolique.

Je vous ferai grâce de l'apologie ou de l'analyse critique, je ne m'en sens ni la capacité, ni la motivation. Dites-vous juste que ce qui suit me parle de beauté fantomatique, de nuit pluvieuse, de cabinet obscur dans lequel se réfugier. Dites-vous juste qu'il y a matière à découvrir, tant par l'image que par les mots, et que ceci est à la portée de qui veut.

            LE BATON POUR SE FAIRE BATTRE
Y avait pas mal de monde à ma naissance , ça faisait plus que 15 ans que ma mère attendait ça.
Elles n’étaient pas toutes là  les meilleures avaient donné des mots d’excuses
Mais sur mon berceau se sont penchées les
Ph& romone (ça peut servir)
Ph& riboat (j’aime beaucoup Londres)
Ph& néante et sa cousine Ph& gniante ( elles sont venues à deux et ça se voit)
Ph& minin ( bein oui il a bien fallu  choisir un sexe)
Ph& lonne ( elle était pas invitée mais elle venue quand même)
Ph& tarde (elle était invitée et c’est tant mieux)
Ph& morale (pas très efficace)
Ph& C ( aïlleuuu)
Ph& lure (elle a bien œuvré celle là au niveau de mon cortex)
Ph& moi mal et son pote johnny ( pareil même punition)
Ph& licitation ( tu parles !)
Ph& niqué (wé j’vois vois venir mais  c’est un ptit additionné d’acide)
Ph& moi tout (nan mais ça va pas nan !)
Ph& attention ( qui a brillé par son absence)
Et d’autres …. Mais ma mémoire ph& blie
Donc le premier qui me traire de  ph& calome (merci mr chypor)je lui marave sa race....comme dit angel
ki Ph&kiffer était pas de la noce non plus ( merci croute) et je le déplore

Phédia Mazuc, en un lointain ailleurs et diverses places actives ou défuntes, les curieux trouveront

lulutiplight

noname23avril2

noname5juillet

noname27mars

liv

vfdsgre


Et puis je n'ai pas d'album de photos personne pour les feuilleter après moi
Tu comprends ma difficulté avec la mémoire chronologique
la mémoire comme choix d'oublier ou de confondre
pourquoi perdre mon temps à les prendre
pourquoi prendre mon temps à me perdre
Ne pas savoir mettre deux mots à la suite
Du pourquoi j'aime lire prendre perdre peindre
Marécages de pensées

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montage

noname19sept5

Posté par dominus à 14:00 - Virtualités éphemères - Commentaires [4] - Permalien [#]

lundi 25 février 2008

Des effeuillages irrémédiables

Exercice d'illustration d'image pour le forum Ogame.fr.


closion1li4





Je t'aime ...

Elle le trouva par erreur, le prenant pour un autre drapé dans son incognito. Il aurait pu l'ignorer, s'offusquer ; il a juste souri, amusé lui dit-il. Alors qu'elle s'excusait pour l'intrusion, ses premiers paroles furent : il n'y a pas de hasard. Ce fatalisme la toucha. Il l'attendait sans même le savoir.

... un peu ...

Ils ont donc échangé. Il lui apportait un espoir qu'elle pensait avoir perdu, elle lui offrait la poésie qu'avaient abandonnée ses pensées, et leurs mots s'entrelacèrent pour pousser plus haut, tutorat l'un de l'autre.

... beaucoup ...

Progressivement, leur présence réciproque était devenue une nécessité. Une journée passée sans s'attraper était terne, les pensées de chacun tiraillées par une soif que l'autre seul pouvait étancher.

... à la folie ...

Cette attraction des esprits déboucha inéluctablement vers une attirance des corps, lorsque prise d'une impulsion soudaine et irrépressible, elle sauta dans un train pour le rejoindre, le temps d'un week-end de magie.

... passionnément ...

Alors, comme les autres, la nuit consommée, il finit par disparaitre, sans plus donner de nouvelle, la laissant seule avec son désarroi et ses espoirs déçus, nue.

... pas du tout ...


Illustration : par mazOr, sur Board.ogame.fr
070813

Posté par aanubis à 14:00 - Copisteries monacales - Commentaires [2] - Permalien [#]



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