vendredi 13 mars 2009
Fist full of pills
Black pills
Forget your sweetest dreams
And summon all inner demons
Free your anger
Free your power
And let it burn you to the bone
You
wish you were master in choice
Of
these damn pills they feed you with
You have no right
But to
open
Your
mouth larger and to swallow
Lock out bestiality
Think with your sex
And desire
Looking for a way to forget
And touch a little little death
You
wish you were master in choice
Of
these damn pills they feed you with
You have no right
But to
open
Your
mouth larger and to swallow
Green pills
Unleash your freaky mind
And make it run
Far, fast and free
Imagine your own brave new world
Before laying down
And sleeping
You
wish you were master in choice
Of
these damn pills they feed you with
You have no right
But to
open
Your
mouth larger and to swallow
Illustration : par Rusty sur Lostfish
mercredi 25 février 2009
De l'incondition des réels
Et si, et si, et si !!...
Mais qu’est-ce que j’en sais, moi, de comment les choses peuvent se passer dans
d’autres conditions, qu’est-ce que j’en sais de quand ou comme on le dit une
fois que c’est dit, une fois que le morceau a été craché, une fois que l’information
est sortie ! On s’en fout, même, d’imaginer cet éventuel instant qui
n’existera jamais parce qu’il a été, différemment. On ne se crée pas de la
culpabilité par potentialité, on n’offre pas le dos aux reproches parce qu’une
possibilité existe selon laquelle ils sont mérités, merde !
Oui, j’emploie des grands
mots ! Oui, je monte sur mes grands chevaux ! Oui, je
m’emporte !
Mais nom d’un foutre ! Qu’on
cesse de me harceler pour ce qui n’est pas ! Qu’on cesse de me pister pour
ce que je ne ferai pas puisque l’ayant fait autrement ! Haaa si j’étais un
autre, si j’avais plus de responsabilités, si j’avais pas récupéré le coup à
temps, si j’avais pas levé les yeux avant la collision, si j’avais pas ou si j’étais pas
… J’étais ou j’avais ! Point et barre ! Pas de discussion !
C’est déjà assez pénible de s’accommoder de ce que l’on est sans avoir à
imaginer toutes les situations invécues et catastrophiser par imagination !
Et oui ! J’invente des mots si je veux ! Présent de l’indicatif !
Avec des si et des conditionnels,
je te mets Paris en bouteille, je te bouchonne ça, te mets un coup de cire et
je te balance le tout à la baille illico presto. Et non, ça n’a rien à voir
avec les parisiens. J’en connais même des biens. Un en tout cas.
J’étais dans la voiture au moment
où vous êtes sortis de la banque, à mon poste. Oui, j’ai été pissé un coup, oui
j’ai de la chance que les flics ne soient pas arrivés, ou que vous n’ayez pas
eu un pépin. Y’a pas eu. Rien. J’étais à ma place au moment où je devais
l’être, le reste on s’en fout.
Et bordel qu’on me lâche avec la
responsabilité des autres ! Ho ! Les gars ! On braque la Banque
de France en pleine distribution des nouveaux billets, croyez pas qu’y a plus
sérieux comme responsabilité que d’aller pisser un coup en laissant la voiture
sans surveillance ni chauffer. Ha ouais, sûr, sans moi vous n’êtes rien, je
suis la clef de voûte de votre casse, sans le chauffeur parti pisser tout
s’écroule.
Ha évidemment, on ne parle pas de
Gérard le névropathe, susceptible de se mettre à tirer à tout moment à tout va
pour exprimer sa contrariété ; on ne parle pas d’Edmond le manchot qui
foire une ouverture un coup sur trois ; on ne parle pas d’Adèle et de sa
manie de prendre la tangente sitôt qu’elle a un sac de biftons entre les mains.
Non. On se contente de me faire chier parce que je suis allé pisser, que dis-je !
Parce que j’ai eu l’honnêteté de vous le confier, con de moi, vu que
l’information je suis le seul à la détenir.
Mais merde, c’est quoi le
problème à la fin ? Vous faites dans vos frocs comme des midinettes qu’ont
perdu leur gloss avant un rendez-vous sous prétexte que sans chauffeurs vous
étiez baisés ? Il était là, le chauffeur, j’étais là, j’ai fait partir la
voiture et je vous ai emmené dans cette cabane, comme convenu, qu’est-ce qu’il
vous faut de plus ?
J’ai fait ce qui était con-ve-nu !
Point. A vous de faire ce que VOUS aviez convenu, à savoir me filer MA part,
complète, sans rabais, sans retenue, cette putain de part qui m’a motivé à
m’associer à des tocards comme vous !. Et sans finasser sur les risques
inimaginables que ça vous a fait courir que j’aille pisser pendant que vous
vous attaquiez à la première et la plus sécurisée banque de France, sans plan
fini, sans complicité, sans repérage, à l’arrache comme les malades mentaux que
vous êtes.
Et épargnez-moi le « et si
t’étais un flic », hein, là je sature. Je veux ma part ! Je veux me
casser ! Je veux vous laisser à vos plans foireux, à vous bouffer la rate
pour le partage du reste !
Puis d’ailleurs, et si vous étiez
des flics, vous, hein ? Ou des balances ? Hein ? Ou des enfoirés
de raclures finies, prêtes à lécher les souliers vernis pour s’épargner
quelques jours en taule ? Hein ? Hein ? Vous en dites
quoi ? Hein ? Parce que du coup ça devient vachement plus simple
votre histoire de casse douteux. Limite ça explique comment des incompétents
pareils ont pu passer la porte. Puis ça explique aussi pourquoi vous rechignez
tant à me filer mon pognon.
Heuuuu, par contre là tu
déconnes, Gérard, arrête de me braquer comme ça, c’est dangereux ton truc, tu
le sais bien, non, fais pas l’con, j’te dis, calme-toi, mais dites-lui, vous, d’se
calmer, ça va mal finir cette histoire, ça va mal finir, merde, arrête, j’ai
rien dit, je m’excuse, je, non ! NON !! NONNNNNNNNNNNNNNN !!!!!!!!!!
[Exercice sur le thème Et si ..., contrainte : sans conditionnel.]
Illustration : It's a hold up, par ahemmy, sur DeviantArt
samedi 29 novembre 2008
Merci d'être velue
J'aime les poils. Il doit y avoir un mot pour ça, une fin en -phile,
péliphile, peut-être, ou capilophile. Ouais. J'aime les poils, où
qu'ils se trouvent, comme d'autres aiment les pieds, ou le latex, ou
les bas de soie noire tenus par un porte-jarretelles en dentelles de
Pont-l’Abbé.
Fétichiste. Allez ! Le mot est lancé. Tu peux même le faire rimer avec
pervers si ça te rassure. Fétichiste des poils. Crois-moi, à notre
époque c'est pas une sinécure.
Aujourd'hui, les femmes n'ont qu'une idée en tête : traquer les poils.
Rasoir aux lames multiples, épilation à la pince, à la cire ou au
laser, tous les moyens sont bons pour paraître épargnées par la
pilosité. Se sentent-elles plus humaines, moins animales, des femmes
modernes loin de nos primates d'ancêtres ? Va savoir.
Aisselles, jambes, visage, tout le corps y passe, jusqu'au pubis, que
les plus jusqu'auboutistes voudraient glabre. À croire qu'elles
aimeraient rester d'éternelles enfants. C'est peut-être ça d'ailleurs,
se donner l'illusion de vaincre les années en s'affranchissant du poil,
conserver sa jeunesse au détriment de la pilosité. Ce serait bien dans
l'air du temps, ceci dit, cette peur de vieillir, peur des rides, peur
du flétrissement. Peur de traverser la vie. Tu verras qu'un jour elles
craindront la perte de leurs cheveux et se raseront le crâne.
Ha non, décidément, ce n'est pas facile d'aimer les poils de nos jours.
Comble de l'ironie, celles qui partagent mes idées, les féministes les
plus extrêmes, les militantes de la vieille école revendiquant le droit
de ne pas risquer le cancer par crèmes épilatoires interposées ou de ne
pas souffrir pour être belles en se brûlant à la cire, celles-ci sont
les plus suspicieuses. Quand elles ne sont pas franchement hostiles. Tu
comprends. Un homme qui les encourage, c'est louche. Elles vivent pour
le combat, le droit d'être contre ceux qui sont contre les poils. Ôte
leur cette part de leur lutte et elles se sentent perdues, amoindries,
niées dans leur féminité proclamée. Ou alors elles craignent une
sournoise manœuvre d'approche, pas de problème, chérie, je les aime
tes poils, ils te rendent si belle, et t'as déjà essayé sans ?
Mon pote René, il comprend pas mes goûts. Il fait des efforts, hein,
c'est mon pote, mais il comprend pas. Ça ne l'empêche pas, entre deux
verres, de chercher des solutions.
- Les portugaises ? T'as essayé les portugaises ? Tout le monde sait
qu'elles ont de la fourrure aux guibolles qu'on pourrait les chasser
pour en faire des manteaux à boycotter.
Mon pote René, la vie il l'a apprise entre TF1 et les blagues de zinc.
Alors je lui dis que les portugaises, hein, à notre époque, elles ont
été vaincues à grands coups de mode, de publicité et d'industriels qui
dessinent la femme aux jambes lisses et à la chevelure flamboyante
parce qu'elle le vaut bien.
Il hoche la tête, obligé de reconnaître.
- Et les paysannes ? T'y as songé aux paysannes ? C'est pas elles
qu'ont le temps de se raser, entre la traite du matin, la pâture du
midi et le plumage du soir.
René. Le jour où il arrêtera de mater Jean-Pierre Pernaut pour regarder
autour de lui, ça risque de lui faire bizarre. Ça existe plus les
paysannes, je lui dis, les paysannes c'est du folklore. Maintenant on
dit agricultrices, ou directrices d'exploitation. Et les directrices
d'exploitation, hein, elles ont des trayeuses automatiques, et leurs
bêtes elles restent parquées dans un hangar toute la journée à se
marcher dessus. Alors forcément, elles ont le temps pour se papouiller
du rasoir. Même qu'elles doivent sûrement porter des tailleurs,
histoire de faire directrices, parce qu'elles le valent bien.
Il soupire le René, mais il est pas à court d'idées.
- Et les hommes ?
Il est comme ça René. Prêt à s'asseoir sur ses principes pour aider un
pote. Mais là c'est moi qui soupire. Les poils oui, les hommes non.
J'ai rien contre les homos, hein, 'tention, ils font ce qu'ils veulent
tant qu'ils ne m'approchent pas. Non. Si les poils m'excitent, c'est
pour le contraste qu'ils font avec le velours d'une peau, c'est pour
leur odeur alléchante quand la demoiselle est trempée de désir, c'est
pour leur frottement un peu râpeux sur mon gland, c'est pour leur
soyeux lorsque mes doigts se perdent dedans. Sans la féminité qui va
avec, ils valent pas tripette.
De toute façon l'obsession du zéro poil a aussi gagné les hommes.
Finies les belles heures de la moquette, finie la virilité de la
moustache. Paraît même qu'il y en a qui se rasent les roubignolles.
Sans doute un truc à voir avec l'acceptation de leur part de féminité.
T'as compris ça, t'as tout compris. Tu fais ressortir la femme qui est
en toi, donc, forcément, elle fait comme toutes les femmes, elle se
rase. Jusqu'au crâne. Au moins eux ils vont jusqu'au bout de la logique.
- Sinon, t'as vu que le cirque est en ville ? Si ça se trouve ils ont une femme à barbe.
Quand je te dis qu'il manque pas d'idées mon pote René. Même que des fois elles sont bonnes.
En effet, le cirque est en ville. The Mighty Samoan Circus ! Et ouais !
Le grand cirque des Samoa. Sur l'affiche ils précisent que les Samoa
sont des îles du Pacifique. Moi qui croyait que le Pacifique c'était de
l'eau, des kangourous et des écolos. Maintenant t'expliquer ce que fait
en Bretagne le grand cirque des Samoa, là je sèche. Peut-être un
rapport avec la mer, je sais pas.
Toujours est-il qu'il est en ville. Et qu'un vrai bon cirque ça a une femme à barbe.
Mon pantalon a perdu une taille quand elle m'a regardé.
T'imagines. Une grande femme à la peau caramélisée, des formes aussi
rondes que son visage, à mille lieues des fils de fer sur les affiches,
une longue chevelure aussi sombre que ses yeux. Et une barbe ! Une
barbe !... Longue et fine, d'apparence soyeuse, elle la lisse d'une
main nonchalante. Une barbe qui souligne ses pommettes gracieuses, une
barbe qui fait ressortir ses lèvres pulpeuses, une barbe qui allonge
son cou solide. Un délice exotique, une invitation au voyage, une
madone des tropiques.
Je n'ai rien retenu du spectacle, à part son numéro de
prestidigitation, frémissant alors qu'un robuste gaillard au profil de
rugbyman prétendait la scier en deux. Le reste n'a été qu' extase et
inquiétude. Comment conquérir une femme si belle, comment l'approcher,
comment l'empêcher de repartir dans ses îles ? Ha ! Cette barbe ! Cette
barbe ... Le velours de l'écrin où on pourrait ranger son adorable
visage. Est-elle seule, dans l'attente de l'homme qui saurait
reconnaître ses charmes, a-t-elle une histoire avec le magicien, ses
bagues cachent-elles un anneau de mariage avec Monsieur Loyal ? Cette
barbe ! Ma doué béniget, cette barbe ... et son sourire quand ses yeux
croisent les miens ...
Je suis amoureux ! Et j'ai toujours rêvé de voyager au-delà de Rennes.
- Bon, d'accord, mais votre billet, je mets quelle destination ?
Ailleurs,
un exercice d'écriture : proposer trois titres à l'organisation, bien
mélanger, redistribuer trois titres aux participants, et tâcher de
tirer au moins un texte de l'un d'eux (trois).
Étaient offerts L'interdit des interstices, Merci d'être velue, et un troisième
sur le plaisir de l'art de la complexité du montage de meubles Ikéa.
Une idée qui tourne en tête sans direction, des images, des corrélations, puis l'accroche, premier pas vers un horizon défini, et la marche, de nuit, sans savoir où on met les pieds.
Illustration : Hairy Scary, par kiyahocks, sur DeviantArt
(20080928)
mercredi 22 octobre 2008
De l'interdit des interstices (part 2)
C'est
cette dernière règle que Francis a enfreint avec Caroline. Elle devait
être son plus bel ouvrage. Pensez, un mariage inébranlé depuis quinze
ans, l'amour fou, sans une once de lassitude, sans doute ni remise en
cause. A l'en croire. Et s'il est bien une chose que Francis a appris,
c'est de ne pas croire une femme proclamant le bonheur de son couple,
si rayonnante soit-elle dans sa confession, si radieuse soit-elle de
son amour intact alors que ses jolies lèvres s'arrondissent pour
siroter son cappuccino. La faille existe, invariablement, il ne s'agit
que de la trouver.
Ils
devaient partir sur le même avion, elle était seule à une table en
attendant l'embarquement, il a immédiatement repéré l'alliance, et
déduit de la lecture d'un best-seller d'aéroport qu'elle voyageait non
accompagnée. Il s'est donc invité, sous un prétexte futile, elle l'a
accueilli d'un grand sourire. Les dents du pied de biche étaient
insérées.
Son
charme naturel aidant, elle convenait au moment de rejoindre l'avion de
la nécessité de trouver à s'asseoir côte à côte pour poursuivre leur
délicieuse conversation. Par chance le vol était singulièrement vide,
ils n'eurent aucune difficulté, et Francis sentit qu'il s'agissait là
d'un encouragement, vraisemblablement divin à ce niveau.
Les
douze heures de vol passèrent dans un songe. Elle était belle,
intelligente, cultivée, riait facilement, et surtout, elle était ravie
de rencontrer un compatriote avec lequel égayer son séjour asiatique.
Francis était aux anges, rarement affaire s'était présentée aussi bien.
Elle
était en voyage d'affaire, une représentation pour sa société dans un
conseil d'administration chinois, tous frais payés, suite comprise. Ils
la découvrirent ensemble, une longue douche sensuelle pour se remettre
de la fatigue du voyage, un peu de gymnastique sur les meubles laqués
pour se remettre en jambes, et de brutales étreintes pour apprécier la
qualité du matelas italien. Intérieurement, Francis exultait de voir
ainsi confirmée sa théorie, la fougue de Caroline confirmant comme son
idylle n'était pas si merveilleuse. Sa sauvagerie plaidait même pour
l'abandon le plus total.
Elle
devait rester quatre jours, il était à Hong-Kong pour une semaine de
tourisme, le temps de se faire oublier d'une précédente affaire trop
sensible pour ne pas s'attacher et trop mariée à un policier belliqueux
pour ne pas avoir les moyens de le retrouver. Ils passèrent ensemble
les nombreuses heures de liberté dont elle disposait. Les matelas
italiens sont si confortables. Si souples.
En
générale, les femmes adultères s'abstiennent d'évoquer leur mariage
dans les bras de leur sauveur. Pudeur, remords, mauvais souvenir ou
délicatesse, le sujet est tabou, quel que soit le temps passé ensemble.
Francis l'a vérifié, nombre de fois, poussant l'expérimentation jusqu'à
questionner occasionnellement. Non, rien à faire, le meilleur moyen de
ne pas gâcher le péché est de ne l'évoquer sous aucune forme. Il sera
bien temps d'y songer au moment d'expliquer à monsieur pourquoi l'on
rentre si tard, pourquoi on est si effondrée, pourquoi les yeux
larmoyants il faut impérativement que l'on parle. En générale.
Dès
le premier jour, Caroline occupa chaque moment libre à vanter à
l'attentionné compagnon comme son union était heureuse, comme son
conjoint était un homme merveilleux, comme il lui manquait. Francis
trouvait cela étrange, mais il mit cet étalage sur le compte d'une
particulière forme d'auto-persuasion visant à la rassurer, et il ne
s'en formalisa pas, les femmes peuvent être si excentriques dans la
culpabilité.
Il
ne s'étonna pas plus quand le dernier soir elle lui annonça qu'elle
prolongeait son séjour, prenant un congé mérité pour mieux profiter de
lui. Après tout, Francis est irrésistible, nombre d'épouses donneraient
cher pour le retrouver, et pas toutes par ressentiment. Qu'elle
souhaitât en outre trouver un hôtel plus discret, dans un cadre plus
populaire, loin des artifices du quartier européens, ne le choqua pas
plus. Succomber aux sirènes de l'exotisme n'est pas la plus farfelue
des excentricités. Il regretterait simplement le matelas italien, à se
promettre d'investir sitôt rentré chez lui.
Le
surprit en revanche autrement plus qu'un européen au profil de videur
vienne frapper à la porte de leur nouveau nid d'amour. Notamment
lorsqu'il se présenta d'un direct à la mâchoire. Ou qu'il reprenne
connaissance écartelé sur le mauvais lit, poignets et chevilles ligotés
aux montants.
Caroline,
aussi prévenante qu'à l'accoutumée, leva vite ses interrogations. Elle
lui expliqua que Simon, son époux, était si ravi de sa rencontre qu'il
avait fait le déplacement pour le connaître. Il était d'autant plus
satisfait que leurs jeux impliquaient une discrétion que la fausse
identité de Francis facilitait au plus haut point, il l'en remerciait.
Avec sa franchise habituelle, elle lui confia comme ils avaient coutume
d'attiser leur passion par diverses pratiques, certes un peu
salissantes, mais ô combien piquantes.
Francis
est ennuyé. L'exposé sordide que lui a fait Caroline promet à terme de
mettre définitivement fin à sa vocation. C'est dommage, tant de femmes
restent à sauver. Le plus dommage est que la seule qui n'en avait
certainement pas besoin soit celle qui lui a fait déroger à ses règles,
au point de tomber entre les griffes du plus infréquentable couple à sa
connaissance. Lequel a entamé ses retrouvailles sous ses yeux, sans le
moindre égard pour sa situation. Autant dire qu'il ne faudra pas plus
compter sur leur reconnaissance, même posthume.
S'il avait su il aurait un peu plus profité de ce fabuleux matelas italien ...
Ailleurs,
un exercice d'écriture : proposer trois titres à l'organisation, bien
mélanger, redistribuer trois titres aux participants, et tâcher de
tirer au moins un texte de l'un d'eux (trois).
Étaient offerts L'interdit des interstices, Merci d'être velue, et un troisième
sur le plaisir de l'art de la complexité du montage de meubles Ikéa.
Moulinage
à vide, essais avortés, le premier titre aura attiré la réflexion par
sa poésie, à finir par discerner quels seraient les interstices, à
savoir la distance qui se crée entre des époux, passés les premiers
instants de douce euphorie collé-serré. De là un enchaînement sans
préméditation ni construction jeté un soir à la volée, jusqu'à obtenir
ce résultat.
Illustration : crack in life par pozdnyakoff sur DeviantArt
(20080907)
vendredi 17 octobre 2008
De l'interdit des interstices (part 1)
Francis n'est pas un briseur de ménages, ça non. Francis respecte la sainte institution du mariage, son côté enfant de chœur assidu à la catéchèse. Non, Francis n'est pas un briseur de ménage. Ce sont les femmes mariées qui ne peuvent se retenir de lui tomber dans les bras. Elles ne résistent pas à sa prestance d'élégant aux attentions délicates.
Avec le temps, Francis a développé une théorie. Une épouse heureuse ne trompera pas son mari, simple absence d'envie, ou de disponibilité d'esprit, allez savoir. En revanche, que cette union bénie soit fissurée par la routine, la trivialité du quotidien, ou simplement la compréhension que oui, maman avait raison, ce n'est pas un homme pour toi, et se présente une brèche en laquelle glisser le pied de biche de son charme.
Mais encore une fois, Francis n'est pas un briseur de ménages, non, non, non. Francis est un altruiste de passage, une bonne fée au masculin qui disparait sitôt rempli son bon office. Comprenez, cette entorse dans le contrat est essentielle à un couple vacillant, quelque chose comme un test salutaire. Si les individus sont faits l'un pour l'autre, le pied de biche élargira assez la brèche pour mieux la colmater d'un amour neuf et endurci par la culpabilité. S'ils ne sont pas, deux êtres méritant le bonheur trouveront l'opportunité de reprendre leur quête vitale sans perdre plus de temps.
Ne serait-il si humble que Francis réclamerait au moins de la gratitude pour cette œuvre d'intérêt public. Il se contente, dans sa grandeur d'âme, de songer, ému, à toutes ces femmes qui lui doivent, qui la liberté, qui le mariage. Oui, Francis a l'étoffe d'un héros des temps modernes, de justicier s'éclipsant sa tâche accomplie.
Bien sûr, comme tout véritable héros empreint d'abnégation, Francis est incompris de la plupart. Il a d'ailleurs cessé d'expliquer son rôle bienfaiteur. Il ne le rend que plus séduisant, et les épouses sauvées rechignent à le laisser reprendre sa mission une fois pris connaissance de son œuvre, quelque chose comme le syndrome de Stockholm inversé, ou comme un attrait irrésistible pour son sauveur. Ou comme une pulsion destructrice destinée à oublier la culpabilité ressentie soudainement face à la révélation d'un mariage à sauver. La reconnaissance n'est décidément plus ce qu'elle était.
Mais les pires restent définitivement les époux. À croire que ceux-ci ne veulent seulement faire l'effort de comprendre leur chance. La majorité témoigne d'un esprit possessif des plus affligeants, préférant s'outrager de songer leur moitié touchée par un autre au lieu de le louer de son sacrifice désintéressé. Et forcément, alors qu'il ne fait que mettre en exergue un besoin de madame qui se serait exprimé un jour ou l'autre, alors qu'il est le contre-feu des mariages au bord de l'incendie, les hommes blessés dans leur virilité ébranlée ne voient que le meilleur moyen de libérer leur contrariété en mettant les poings sur les ires. Quand on vous dit que la reconnaissance n'est plus ce qu'elle était.
Aussi a-t-il pris soin, le temps et les hospitalisations aidant, de se fixer quelques règles impératives. La première est de ne jamais donner son nom. Un nom, soit, pour faciliter la communication, et accessoirement apaiser cette navrante suspicion qu'un homme taisant son nom puisse avoir de douteuses intentions. Mais pas son nom. Les déménagements lui auront coûté trop cher à ses débuts.
Seconde règle, s'assurer de la réalité d'un mariage menacé. Trop de fois il aura du expliquer à une jeune fille romantique que non, navré, il y a erreur, je ne souhaite pas faire ma vie avec toi. Alliance, connaissance de la vie, vagues scrupules, autant d'indices de nature à confirmer la réalité du sacrement. Au demeurant, cela évite les parents outrés, décidés à se mêler des affaires de leur enfant, si majeure soit-elle. Il n'est rien de plus sensible que des parents confrontés aux larmes de leur progéniture. Ni plus agressif qu'un père venant sonner à votre porte pour vous demander des comptes. Se rapporter à la première règle.
Troisième règle, ne pas confier la noblesse de sa mission, donc, y compris lorsque l'épouse promise à reconsidérer son engagement git comblée sur la couche, nimbée de sa nudité. Les femmes, à l'instar sans doute de leur mari, ont cette désagréable tendance à se montrer violentes quand il est fait état de leur fragile union, particulièrement quand elles se comprennent fautives. Et ces frêles créatures en quête perpétuelle d'un mâle fort sur l'épaule duquel s'appuyer deviennent de dangereux lanceurs de projectiles que leur tenue d'Ève ne retient pas. Non. Il convient, une fois la brèche béante et la belle riche de cette expérience propice à la remise en question, de disparaître sans un mot ni attendre de remerciement, gentleman au point de poser le panneau Ne Pas Déranger sur la poignée et de régler la nuit au concierge.
Règle numéro quatre, enfin, ne pas revoir une femme livrée à l'étude de sa vie. Jamais. Francis est un héros de l'ombre, solitaire jusque dans le soleil levant, il ne peut se permettre de s'attacher, son sacerdoce le lui interdit. Il fait don de lui, de son corps, le tout sans le moindre sentimentalisme déplacé.
(A Suivre)
mercredi 17 septembre 2008
Des songes noirs sans soulier de vair

Les pores de son trésor
Transpirent des bris de rire
A l'abri du désir
Tressautée par un porc
Ode aux heures sans rapport
Le doseur est raide mort
Cendrillon lisse sa robe
Une portée de portes
De poignants désaccords
Les poignets pris au corps
Contraignant il l'emporte
Ode aux heures sans rapport
Le doseur est raide mort
Cendrillon en déborde
Dévorée du dehors
Mors au cœur et déboires
Efforts pour des espoirs
Elle aspire à l'aurore
Ode aux heures sans rapport
Le doseur est raide mort
Cendrillon se dérobe
L'erreur pour seule escorte
Elle respire ses débris
Redessine son lambris
La peur lape l'aorte
Ode aux heures sans rapport
Le doseur est raide mort
Cendrillon scie la corde
Et s'endort dans le noir
Le miroir plein de torts
L'essor patientera
Les rats lui font un sort
Ode aux heures sans rapport
Le doseur est raide mort
Cendrillon, qui te borde ?
Illustration : cinderella, par sadye sur DeviantArt
(20070904)
lundi 18 août 2008
De la cartographie postale 1
Un bleu prioritaire traverse sans sirène et bifurque. Une camionnette le suit. Une suivante, remplie d'officiers armurés, la même, une suivante, encore une, une de plus, encore, encore, encore.
Plus loin, des
motards nerveux dévient la circulation.
Laissent passer des camions de gendarmes mobiles, des véhicules blindés pour lever les barrages.
Dévient encore
la circulation.
Une centaine de
guerriers armurés est présentement lancée contre des syndicalistes réputés
prêts à en découdre.
On ignore à cette heure si intimidation, coup de force ou colère, motivent ce déploiement. N'en restent pas moins les paroles, ailleurs, d'un syndicaliste policier, annonçant qu'on irait chercher quiconque tirerait sur un flic. Il ne précise rien pour ce qui est de tirer sur un pas flic.
20080229
samedi 19 juillet 2008
De l'accompagnement de l'homme
L'homme de la compagnie repasse sa chemisette, époussette ses chaussures et redresse ses lunettes. Quelques heures de bouchon, radio, fenêtres ouvertes, une première cigarette officie comme café. Passage du digicode, vidéosurveillance, déclic, bouffée d'air frais, déverrouille le bureau, l'homme de la compagnie laisse la lumière éteinte.
Il s'installe dans la place, tous les sens en alerte, jette un regard oblique à l'écran en éveil et le téléphone sonne.
Son chef. Le chef. Le salue. L'interroge. S'emporte. Et le houspille. Bonjour.
Pas de blanc après raccrochage. Pas de silence. Jamais.
Les ordinateurs ronflent, la clim' souffle, le fax sifflote. Entrée de la collègue.
Saluts protocolaires, distanciation polie, il faut s'habituer.
La pénombre est bleutée, filtrée par des persiennes colorées à la main. Les chaises sont bleutées d'origine autant qu'elles sont inconfortables et le téléphone sonne.
Et n'arrête plus. Une digue a cédé quelque part en amont du fil, il n'en peut plus de recracher son flot de voix, pressées, colériques, incertaines, curieuses, ils se relaient tous deux pour écoper avec un seul combiné.
Nombre de coups de pagaie plus loin, l'homme de la compagnie s'enfuit en pause.
Il pourrait sortir fumer une cigarette, prendre l'air, goûter la lumière du jour. La chaleur étouffante qui le guette derrière la porte en verre le dissuade.
Il se cale en arrière dans le fauteuil bleuté, et fixe un point en haut, une marque de fêlure. La marque grandit. Insensiblement. Il l'a déjà observée attentivement.
Aujourd'hui, pourtant, l'idée le travaille. La pièce déjà pas grande semble rapetisser au moindre millimètre d'allongement.
Il assure son assise, retient un peu son souffle, attend la fin de crise, les vertiges il connaît.
Mais l'obsession persiste, et il fait chaud ici, acquiescement de collègue, et on manque un peu d'air. L'homme de la compagnie déboutonne sa chemise pour reprendre son peu d'air et calmer les suées. Rien n'y fait, faut bouger, il tente se mettre debout. Flageole sur ses guibolles, un voile noir sur les yeux et retombe en arrière.
La pièce se rétracte toujours, des papillons noirs font la ronde, son coeur s'emballe dans un grand sprint. L'idée s'impose. Il faut agir. Il se redresse.
Les murs titubent et les armoires vacillent. Il tient bon, une main agrippée au bureau. Inquiétude de collègue, tu es sûr que ça va, hé ? Pause. L'homme de la compagnie tressaute de sa main libre, articule l'acquiescement et reprend la culbute.
Passe la porte en roulant, passe le hall en roulant, et s'arrête de rouler. Sa respiration siffle.
La main s'attarde sur la poignée, l'homme de la compagnie s'apaise, la porte refuse son ouverture. Main tremblante sur l'interrupteur, l'homme de la compagnie débloque, et s'avance hors de la pénombre.
L’homme de la compagnie déboutonne chemisette, enlève ses chaussures et ôte ses lunettes. Un regard dans son dos, une main passe sur son front, non vraiment, rien à faire, il n’est pas fait pour ça.
Exercice d'écriture bihebdomadaire sur le thème scène de claustrophobie
Illustration : Dystopian salayman par =rekanize, sur Deviant Art
(20080219)
vendredi 4 juillet 2008
De l'impromptitude raccourcie de la douleur des écorchures
Il lui avait promis les monts et les merveilles, il lui avait juré à la vie à la mort, avait fait miroiter les lendemains qui chantent, puis lui a signifié, leur union consommée, qu’elle pouvait l’oublier, histoire sans débouché, pas de temps à y perdre, trois lignes sur un texto.
Elle a pris la nouvelle dans un calme olympien, les sentiments éteints et le cœur en veilleuse.
Elle a pris la nouvelle comme on vit une blague dont on sait la teneur, en attendant la chute.
Elle a pris la nouvelle songeant à une erreur, il parlait à une autre, il l’aime bien trop pour ça.
C’est lorsque la journée a touché à sa fin, lorsque l’obscurité a étendu son voile, que son âme a compris ce qu’elle lisait en boucle, et son corps tout entier s’est pris de tremblements, ses tripes se sont nouées, ses tempes ont résonné, et de son cœur glacé, de sa gorge contractée, un long cri est sorti, de douleur et fureur.
Elle a pris la nouvelle comme une gifle au visage, cuisante et outrageante, la rougeur de la honte.
Elle a pris la nouvelle comme un poing dans le ventre, le souffle interrompu, à se plier en deux.
Elle a pris la nouvelle comme un coup dans le cœur, une lame acérée venue coupée ses ailes.
Son bras a balayé le bureau encombré, envoyant balader papiers, crayons, objets, et des poings contractés, elle a frappé le bois, y voyant son visage, s’y est frappé le front, y voyant une pierre, et à travers ses larmes, a hurlé sa colère, hurlé sa déception, hurlé sa trahison, une rage impuissante, une fureur animale, une femme blessée.
Elle a pris la nouvelle pour un bout de sa vie envoyée aux ordures d’un salaud insensible.
Elle a pris la nouvelle pour un bout de son cœur amputé sans sommeil par un chirurgien fou.
Elle a pris la nouvelle pour un bout de son âme brûlée sur le bûcher d’une illusion perdue.
Et ses larmes ont coulé, pendant de longues heures, tantôt prostrée au coin, bras autour des genoux, tantôt arrachant tout, déchirant et brisant, et ses larmes ont coulé sans épaule, solitaire, avec le sentiment de s’être un peu perdue.
Puis le jour est monté par derrière les futaies, ses rayons incendiaires sont tombés sur sa peau, et brisée de fatigue de s’être ainsi vidée, elle s’est recroquevillée, en position fœtale, à même le plancher, tremblante encore un peu, gémissements plaintifs s’échappant de sa gorge, sanglots résiduels remontant par frissons, jusqu’à qu’un noir sommeil vienne la prendre dans ses bras.
Dernier texte d'une série de quatre courts impromptu demandés pour une improvisation par thèmes. Pour celui-ci, le sujet était Souffrance --> Ame écorchée.
Illustration : I Will, par =Aegis-Strife, sur DeviantArt.
20080606
mardi 24 juin 2008
De l'impromptitude raccourcie d'une dégustation fruitée
J’ai un pêché mignon, là, au fond du jardin, près duquel je me plais à venir m’adosser. Or il n’est pas un jour sans qu’il m’offre son fruit, et il n’est pas un jour sans que le prenne en main, caressant longuement le velours de sa peau, le flattant, le pressant, jouant un peu avec, serré entre mes doigts. Puis l’appétit me prend, une envie de sa chair, et du bout de ma langue, effleure le sillon, fendu au préalable d’être déjà bien mûr, l’écarte un petit peu pour mieux goûter la pulpe, et lèche avec langueur les gouttes qui se répandent à l’intrusion gourmande. Les lèvres sitôt s’en mêlent, pour contenir les pertes, et embrasser le fruit, sa peau tellement douce, aspirant et suçant les suintements goûtus, mordillant par à coups, accroître le débit, jusqu’à ce qu’affamé, les papilles excitées, je ne me retienne plus de dévorer la chair, et croque à belles dents le fruit si délectable.
Premier texte d'une série de quatre courts impromptus demandés pour une improvisation par thèmes. Pour celui-ci, le sujet était Le Plaisir --> Mordre un fruit pulpeux.
Illustration : Peachy, par ~pistolsugar, sur DeviantArt
20080606







