Sour Lounge

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lundi 7 septembre 2009

Le goût des adieux 3/9

Sinking_by_junglecookie


<p>Son cœur s’est arrêté de battre un beau matin, ou peut-être une</p>

Le troisième. Haaa, le troisième …
Marine. La sépulture. Les circonstances aidant.
Six ans, presque toute mes dents de lait, et la curiosité acérée. Au point de me demander pourquoi nager alors qu’on pourrait tout aussi bien, dûment lesté, marcher au fond de l’eau pour traverser la mer. La meilleure façon de répondre aux interrogations étant l’expérimentation, je trouvai une belle pierre, et m’avançai résolument dans la Méditerranée.
Il fallut pourtant me rendre à l’évidence, ma technique omettait un paramètre crucial, l’absence de branchies. Dès lors ne restaient que deux possibilités. Ou je reconnaissais avoir fait fausse route et devais m’accommoder en outre de ne savoir nager, ou je me faisais à l’idée du sacrifice pour la science, sa route est pavée de martyrs.
Le choix fut vite fait ; j’avais un testament à penser.

Forcément, vient un âge où on considère la masse de biens amassés avec une certaine sagesse, et on se demande ce qui compte réellement dans tout ça.
De mes précédentes volontés, je ne conservai que cette histoire de métal fondu. Non plus tant pour le respect d’un rite dont je ne parvenais toujours pas à me souvenir, que dans un souci d’équilibrer le lest. Même en boule, les vêtements ont une fâcheuse tendance à la flottaison.
Playmobils et Légos, eux, en nombre encore raisonnable, se devaient de matérialiser mes élans créateurs. Ils seraient donc assemblés en stèle-base secrète, dédiée à ma mémoire. Les personnages logeraient à l’intérieur, prêts à bondir dans leurs véhicules pour en assurer la défense – ou l’entretien, vous savez ce que c’est, tout feu tout flamme la première année, et au bout d’une demi-douzaine, ça disparaît sous les mauvaises herbes.
La belle dame irait à un antiquaire chinois de film, qu’elle soit la pièce maîtresse cachée derrière les vetustetés, celle qu’une jeune femme un peu chineuse trouverait par hasard. Elle actionnerait le mécanisme, la geisha se mettrait à tourner sur une ritournelle antique un peu fausse, et une porte des enfers s’ouvrirait sur un génie de cuir vêtu. Je laissai aux scénaristes le soin de poursuivre l’idée, je n’allais pas leur mâcher un travail pour lequel ils seraient mal payés, tout de même.
Le bambi en verre de la maîtresse n’étant encore cassé, serait gentiment brisé en hommage au futur défunt Mickaël Jackson, en public afin que la foule soit transcendée par une symbolique du rapport à l’enfance, assez floue pour hocher la tête avec l’air convenu quand on ne comprend rien.

Je n’eu le temps d’expédier le reste, au demeurant réservé aux pulsions ménagères de ma mère, des paires d’yeux globuleux me scrutaient en cercle avec des têtes peu recommandables.
Un cousin bon nageur m’avait sorti de l’eau avant terme, et je me retrouvais prématuré dans cette sordide couveuse de reproches. Autant dire qu’il aurait été malvenu de réclamer prise d’acte de mes volontés. Je me contentai donc de tousser scrupuleusement, pour les besoins du rôle, et on n’en parla plus.




Illustration :
Sinking, par junglecookie, sur DeviantArt

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