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dimanche 6 septembre 2009

Le goût des adieux 2/9

Dead_Baby_Neptune_by_ranbassi


<p>Son cœur s’est arrêté de battre un beau matin, ou peut-être une</p>

Le second, j’ai du l’écrire quand la petite sœur n’est pas née. Un peu pour moi, c’est personnel un testament, mais un peu pour elle aussi, il fallait bien que quelqu’un s’en charge, et les parents étaient trop abattus pour ça. C’est toujours dur, une disparition dans la famille. On se pose des questions, on se demande si on a pris ses précautions, on se dit que tout ça ne tient qu’à un fil.
Je n’ai hélas pas vraiment eu le temps de la connaître. Ça a donc été un peu délicat d’extrapoler, mais à deux ans,  on a déjà une certaine expérience de la vie, et on n’a pas oublié les premiers moments, non plus.
Je léguais donc son corps à la science, un peu déçu d’apprendre qu’on ne s’intéresserait aux cellules souches pour sauver les riches qu’une vingtaine d’années plus tard. Au pire, ai-je toutefois pensé, ils la mettront dans du formol et elle fera l’instruction des générations futures de joueurs de golf.
Elle n’avait guère plus à offrir, pas même son cordon – toujours l’ombilical. Etranglée avec, il a été conservé comme pièce à conviction par les autorités. Au cas où.

De mon côté, par contre, j’avais déjà accumulé du bien. Ainsi déclarai-je vouloir léguer mes peluches à un chenil pour animaux estropiés, qu’ils puissent décompenser une poignée de minutes.
Ma garde-robe irait à ma future filleule, amatrice, comme il se doit, de poupées, afin qu’elle puisse les déguiser en poupons et se familiariser avec les enfants de sexe mâle, ô combien étranges, j’en convenais déjà.
Les biberons et autres ustensiles de puériculture étant hélas en crédit-bail, ils revenaient tout naturellement à leurs légitimes propriétaires en la personne de ma parenté.
En revanche, le coquetier, le rond de serviette et la gourmette, ça madame, ce n’était pas de la camelote, pas question de les laisser saisir. Tout comme, n’étant pas certain de leur passion pour la nostalgie, il me semblait cavalier de les transmettre à mes descendants, au risque que leur premier réflexe soit de les convertir en valeur. Aussi ai-je préféré exiger qu’ils soient fondus dans ma bouche, à la façon de quelque antique rituel funéraire – ou supplice, je ne sais plus.
La sépulture, enfin, important quand on ne se décide à fourguer le corps. Simple. Epurée. Un rien bucolique. Enveloppé d’un drap, à même la terre, sous un petit tumulus au fond de la terrasse. Pas aussi bucolique qu’un fond de jardin, mais il faut savoir s’adapter, nous habitions en appartement à l’époque.
Le tout signé, daté. Ça n’aura pas été avalisé, faute de témoin, mes parents ne sont jamais parvenus à comprendre ce que je leur demandais à ce moment tragique de leur existence.




Illustration : Dead Baby Uranus, par ranbassi, sur DeviantArt

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