Sour Lounge

:::Vivisection à blog ouvert::: ::::::::::::Part2::::::::::::::::

jeudi 30 octobre 2008

De la vacuité du vide

313061



Vous n'avez rien à dire ? Alors ouvrez un blog ...
Les utilisateurs avertis liront là une subtile critique de ce médium, dont la richesse n'a d'égal que l'insondable profondeur du désintérêt, cette nécessité de suivre le mouvement avant d'en connaître le sens. Avoir un espace, parce que les potes en ont un, parce que les collègues en ont un, parce que - ho my holy fucking god - Madonna en a un (remplacez le nom de la chanteuse par toute célébrité chère à votre coeur ou non, dont le nom vaudra de rendre l'illustration parlante), puis réfléchir à comment le remplir, qu'y mettre ou n'y pas mettre, pour finalement sombrer dans la redite, le trivial, le vain, le contenu informatif nul, bref, le désintérêt.
Puis il y a ceux qui prennent les choses au pied de la lettre.

Démonstrateur ou amuseur, un artiste anonyme ordinaticien, nous expose son désir du neutre à travers une exploration du néant fort démonstrative.
Le blog porte bien son nom, Je n'ai rien à dire, exprime clairement son ambition, et les articles sont à l'avenant.
Florilège ?

Florilège

L'arrogance des gens : #33390

 

 

Je n'ai rien à dire sur l'arrogance des gens qui savent ce que je dois dire ou ne pas dire le 13/10/2008 à 11h01

 

 

Je me lave : #33119

 

 

le  8/10/2008 à 10h50

 

 

Voilà je suis propre : #33120

 

 

le  8/10/2008 à 11h25

 

 

Mon gsm sonne : #32655

 

 

le 28/09/2008 à 22h16

 

 

Je raccompagne ma copine à la porte : #33487

 

 

le 15/10/2008 à  6h43

 

 

Je sors dépenser des sous : #33257

 

 

le 11/10/2008 à 12h18

 

 

J'ai dépensé mes sous ! : #33258

 

 

le 11/10/2008 à 12h55

 

 

Redondance de la connerie : #32898

 

 

Je n'ai rien à dire à propos de la redondance de la connerie sur l'internet le  3/10/2008 à 23h51

 

 

Photos de star nue : #32997

 

 

Je n'ai rien à dire à propos des photos de star nue le  5/10/2008 à 19h50

 

 

Le RSA adopté en Conseil des ministres : #33112

 

 

Je n'ai rien à dire sur le fait que le Conseil des ministres a adopté mercredi le projet de loi sur la généralisation du Revenu de solidarité active (RSA), destiné à réduire la pauvreté et à encourager le retour à l'emploi, a annoncé le porte-parole du gouvernement Luc Chatel et la généralisation à compter du 1er juillet 2009 de ce dispositif, expérimenté pendant plusieurs mois dans 34 départements, "s'inscrit dans le cadre de l'engagement gouvernemental de réduction d'un tiers de la pauvreté en cinq ans", explique le communiqué du Conseil le 8/10/2008 à 1h56

 

 

Buzz : #33441

 

 

Je n'ai rien à dire à propos des buzz le 13/10/2008 à 20h41

 

 

Gros nichons : post #31799

 

 

Je n'ai rien à dire à propos des gros nichons le 10/09/2008 à 23h37

 

 

La mer Méditerranée

 

 

Je n'ai rien à dire à propos de la mer Méditerranée qui est une mer intercontinentale presque entièrement fermée, située entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie et qui s'étend sur une superficie d'environ 2,5 millions de kilomètres carrés. Son ouverture vers l'océan Atlantique par le détroit de Gibraltar est large de seulement 14 kilomètres.
Elle doit son nom au fait qu'elle est littéralement une mer au milieu des terres , en latin mare medi terra (selon Isidore de Séville au VIIe siècle).
Durant l'Antiquité, la Méditerranée était une importante voie de transports maritimes ; permettant l'échange commercial et culturel entre les peuples émergents de la région - les cultures de la Mésopotamie, de l'Egypte, sémitiques, persanes, phéniciennes, carthaginoises, grecques et romaines. L'histoire de la Méditerranée est importante dans l'origine et le développement de la civilisation occidentale le 3/09/2008 à 11h40

 

 

Le Clézio noble Nobel : #33449

 

 

Je n'ai sereinement rien à dire sur le fait que l'Académie suédoise a distingué hier, pour la littérature, l'écrivain français JMG Le Clézio. Ni sur le fait que certains affirment que de l'île Maurice à la Bretagne, du désert aux mégapoles, son oeuvre romanesque conjuque mémoire et imagination le 13/10/2008 à 22h14

 

 

En route pour de nouvelles aventures : #33499

 

 

le 16/10/2008 à  0h52

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mercredi 22 octobre 2008

De l'interdit des interstices (part 2)

crack_in_life_by_pozdnyakoff


(Première partie)


C'est cette dernière règle que Francis a enfreint avec Caroline. Elle devait être son plus bel ouvrage. Pensez, un mariage inébranlé depuis quinze ans, l'amour fou, sans une once de lassitude, sans doute ni remise en cause. A l'en croire. Et s'il est bien une chose que Francis a appris, c'est de ne pas croire une femme proclamant le bonheur de son couple, si rayonnante soit-elle dans sa confession, si radieuse soit-elle de son amour intact alors que ses jolies lèvres s'arrondissent pour siroter son cappuccino. La faille existe, invariablement, il ne s'agit que de la trouver.
Ils devaient partir sur le même avion, elle était seule à une table en attendant l'embarquement, il a immédiatement repéré l'alliance, et déduit de la lecture d'un best-seller d'aéroport qu'elle voyageait non accompagnée. Il s'est donc invité, sous un prétexte futile, elle l'a accueilli d'un grand sourire. Les dents du pied de biche étaient insérées.

Son charme naturel aidant, elle convenait au moment de rejoindre l'avion de la nécessité de trouver à s'asseoir côte à côte pour poursuivre leur délicieuse conversation. Par chance le vol était singulièrement vide, ils n'eurent aucune difficulté, et Francis sentit qu'il s'agissait là d'un encouragement, vraisemblablement divin à ce niveau.
Les douze heures de vol passèrent dans un songe. Elle était belle, intelligente, cultivée, riait facilement, et surtout, elle était ravie de rencontrer un compatriote avec lequel égayer son séjour asiatique. Francis était aux anges, rarement affaire s'était présentée aussi bien.
Elle était en voyage d'affaire, une représentation pour sa société dans un conseil d'administration chinois, tous frais payés, suite comprise. Ils la découvrirent ensemble, une longue douche sensuelle pour se remettre de la fatigue du voyage, un peu de gymnastique sur les meubles laqués pour se remettre en jambes, et de brutales étreintes pour apprécier la qualité du matelas italien. Intérieurement, Francis exultait de voir ainsi confirmée sa théorie, la fougue de Caroline confirmant comme son idylle n'était pas si merveilleuse. Sa sauvagerie plaidait même pour l'abandon le plus total.
Elle devait rester quatre jours, il était à Hong-Kong pour une semaine de tourisme, le temps de se faire oublier d'une précédente affaire trop sensible pour ne pas s'attacher et trop mariée à un policier belliqueux pour ne pas avoir les moyens de le retrouver. Ils passèrent ensemble les nombreuses heures de liberté dont elle disposait. Les matelas italiens sont si confortables. Si souples.

En générale, les femmes adultères s'abstiennent d'évoquer leur mariage dans les bras de leur sauveur. Pudeur, remords, mauvais souvenir ou délicatesse, le sujet est tabou, quel que soit le temps passé ensemble. Francis l'a vérifié, nombre de fois, poussant l'expérimentation jusqu'à questionner occasionnellement. Non, rien à faire, le meilleur moyen de ne pas gâcher le péché est de ne l'évoquer sous aucune forme. Il sera bien temps d'y songer au moment d'expliquer à monsieur pourquoi l'on rentre si tard, pourquoi on est si effondrée, pourquoi les yeux larmoyants il faut impérativement que l'on parle. En générale.
Dès le premier jour, Caroline occupa chaque moment libre à vanter à l'attentionné compagnon comme son union était heureuse, comme son conjoint était un homme merveilleux, comme il lui manquait. Francis trouvait cela étrange, mais il mit cet étalage sur le compte d'une particulière forme d'auto-persuasion visant à la rassurer, et il ne s'en formalisa pas, les femmes peuvent être si excentriques dans la culpabilité.
Il ne s'étonna pas plus quand le dernier soir elle lui annonça qu'elle prolongeait son séjour, prenant un congé mérité pour mieux profiter de lui. Après tout, Francis est irrésistible, nombre d'épouses donneraient cher pour le retrouver, et pas toutes par ressentiment. Qu'elle souhaitât en outre trouver un hôtel plus discret, dans un cadre plus populaire, loin des artifices du quartier européens, ne le choqua pas plus. Succomber aux sirènes de l'exotisme n'est pas la plus farfelue des excentricités. Il regretterait simplement le matelas italien, à se promettre d'investir sitôt rentré chez lui.
Le surprit en revanche autrement plus qu'un européen au profil de videur vienne frapper à la porte de leur nouveau nid d'amour. Notamment lorsqu'il se présenta d'un direct à la mâchoire. Ou qu'il reprenne connaissance écartelé sur le mauvais lit, poignets et chevilles ligotés aux montants.
Caroline, aussi prévenante qu'à l'accoutumée, leva vite ses interrogations. Elle lui expliqua que Simon, son époux, était si ravi de sa rencontre qu'il avait fait le déplacement pour le connaître. Il était d'autant plus satisfait que leurs jeux impliquaient une discrétion que la fausse identité de Francis facilitait au plus haut point, il l'en remerciait. Avec sa franchise habituelle, elle lui confia comme ils avaient coutume d'attiser leur passion par diverses pratiques, certes un peu salissantes, mais ô combien piquantes.

Francis est ennuyé. L'exposé sordide que lui a fait Caroline promet à terme de mettre définitivement fin à sa vocation. C'est dommage, tant de femmes restent à sauver. Le plus dommage est que la seule qui n'en avait certainement pas besoin soit celle qui lui a fait déroger à ses règles, au point de tomber entre les griffes du plus infréquentable couple à sa connaissance. Lequel a entamé ses retrouvailles sous ses yeux, sans le moindre égard pour sa situation. Autant dire qu'il ne faudra pas plus compter sur leur reconnaissance, même posthume.
S'il avait su il aurait un peu plus profité de ce fabuleux matelas italien ...

Ailleurs, un exercice d'écriture : proposer trois titres à l'organisation, bien mélanger, redistribuer trois titres aux participants, et tâcher de tirer au moins un texte de l'un d'eux (trois).
Étaient offerts L'interdit des interstices, Merci d'être velue, et un troisième sur le plaisir de l'art de la complexité du montage de meubles Ikéa.
Moulinage à vide, essais avortés, le premier titre aura attiré la réflexion par sa poésie, à finir par discerner quels seraient les interstices, à savoir la distance qui se crée entre des époux, passés les premiers instants de douce euphorie collé-serré. De là un enchaînement sans préméditation ni construction jeté un soir à la volée, jusqu'à obtenir ce résultat.

 

Illustration : crack in life par pozdnyakoff sur DeviantArt
(20080907)

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lundi 20 octobre 2008

Du mépris de l'homme

Vous connaissez BashFR ? Mais si, allons, ce site compilant les meilleures citations de conversations entre geek, qu'elles soient sur messagerie instantanée ou sur salons de tchat.
Toujours pas ? Démonstration :

  • Epholie> Alors avec Laura, ça s'est passé comment ?
  • Aeon> Torride ! On l'a fait une fois dans chaque pièce o/
  • Epholie> Mais t'es plus à ta chambre d'étudiant ?
  • Aeon> Si ... TT
  • Jacques : au fait yann, t'as raison les garçons c'est mieux !
  • Yann : tu sais que je suis gay ???!
  • Jacques : nan je parlais du fait que tu voulais que ta sœur accouche d'un garçon
  • Jacques : mais oubli ça, ton sujet à toi est beaucoup plus intéressant, parlons en
  • Yann : argh

Vous voyez ?

 

Vous connaissez VieDeMerde ? Mais si, allons, ce site tâchant démontrer comme les existences de tous ne sont que la longue et pénible traversée d'une vallée de larmes.
Toujours pas ? Démonstration :

  • Aujourd'hui, j'ai découvert VDM. Je parcours pas mal de pages et tombe sur une anecdote qui me fait réaliser que mon mec a une maîtresse au vu des faits relativement uniques. Il n'a même pas pris la peine de changer son pseudo. VDM
  • Aujourd'hui, apéro dînatoire chez des amis. Vers minuit, on décide tous de partir dans un pub en ville. Les filles passent à tour de rôle dans la salle de bain et j'en profite pour aller aux toilettes faire la grosse commission. Pendant ce temps, tout le monde se casse et m'enferme dans l'appartement. VDM

Vous voyez ?

 

Vous connaissez Méprisable Humanité ? Mais si, allons, ce site s'attachant à recenser les plus ignobles individus dans leurs prestations les plus minables.
Toujours pas ? Ha ben oui, chu con aussi, c'est justement le propos de la présente que de vous le faire découvrir.

 

Méprisable Humanité, donc, à l'instar des deux précédents sites, a cette même prétention de remplacer les perles du bac, donc la truculence ne vaut que par leur rareté, par le navrant quotidien.
Ici, prouvez à la face du monde à quel point vous êtes méprisable, et, au choix, en êtes fier ou contrit.
Comme les deux précédents, toujours, vous aurez la possibilité de voter selon que vous considériez l'auteur comme [...] mort à l'intérieur ou [...] pardonné.
Petite différence notable en regard de ces mêmes précédents, la possibilité de laisser un commentaire sur chaque anecdote, une autre façon de réagir, plus personnelle que le seul clic sur une option.
L'intérêt ? S'occuper les yeux cinq minutes en prenant connaissance des dernières turpitudes de notre espèce, en rire ou s'offusquer, mais le plus souvent, rester indifférent.

 

Allez ! La démonstration, maintenant :

  • J'ai largué ma copine par ce qu'elle était enceinte.
    Elle vie seule avec le bébé maintenant et j'espère qu'elle galère.
    Je sais, je suis méprisable.
  • Ça fait 5 ans que je simule avec mon mec. Je ne sais pas comment lui avouer, alors je continue à simuler en remettant à demain les aveux. Je n'ose pas lui dire non plus, que si je crie, c'est parce qu'il me fait mal à chaque fois... Il se prend pour un Dieu du sexe, et je le conforte dans sa pensée avec tous mes encouragements...Je sais, je suis méprisable.
  • Ma collègue est partie en pause midi sans verrouiller son ordi. J'ai fouillé son ordi, piqué tous les documents dans lequels elle formulait ses idées pour la suite du projet et les ai mises à ma sauce. Ensuite, je me suis empressé d'aller les présenter au boss. Il m'a nommé chef du projet alors que jusque là, j'en avais pas foutu une.
    Je sais, je suis méprisable... mais c'est tellement bon !

  • Aujourd'hui, j'étais arrêté dans la rue, en train de téléphoner, quand un sans abri m'accoste. Il se penche et ramasse une bague qu'il me tend en me demandant si elle est à moi. Voyant l'anneau doré, je lui dis que oui. Pour le remercier de sa gentillesse, je lui donne 2€50 pour qu'il se paye un café. Après estimation de la bague, elle vaut 350€. J'ai volé une bague en or à un SDF. Je sais, je suis méprisable.
  • Ma propriétaire a eu la fâcheuse habitude de ne me transmettre mon courrier qu'après l'avoir ouvert, en le déposant devant ma porte. Depuis chaque courrier important qu'elle reçoit (impôt, allocations...) disparait dans ma poubelle. J'attends avec impatience qu'elle ai des ennuis. Je sais, je suis méprisable.

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vendredi 17 octobre 2008

De l'interdit des interstices (part 1)

Francis n'est pas un briseur de ménages, ça non. Francis respecte la sainte institution du mariage, son côté enfant de chœur assidu à la catéchèse. Non, Francis n'est pas un briseur de ménage. Ce sont les femmes mariées qui ne peuvent se retenir de lui tomber dans les bras. Elles ne résistent pas à sa prestance d'élégant aux attentions délicates.
Avec le temps, Francis a développé une théorie. Une épouse heureuse ne trompera pas son mari, simple absence d'envie, ou de disponibilité d'esprit, allez savoir. En revanche, que cette union bénie soit fissurée par la routine, la trivialité du quotidien, ou simplement la compréhension que oui, maman avait raison, ce n'est pas un homme pour toi, et se présente une brèche en laquelle glisser le pied de biche de son charme.

Mais encore une fois, Francis n'est pas un briseur de ménages, non, non, non. Francis est un altruiste de passage, une bonne fée au masculin qui disparait sitôt rempli son bon office. Comprenez, cette entorse dans le contrat est essentielle à un couple vacillant, quelque chose comme un test salutaire. Si les individus sont faits l'un pour l'autre, le pied de biche élargira assez la brèche pour mieux la colmater d'un amour neuf et endurci par la culpabilité. S'ils ne sont pas, deux êtres méritant le bonheur trouveront l'opportunité de reprendre leur quête vitale sans perdre plus de temps.
Ne serait-il si humble que Francis réclamerait au moins de la gratitude pour cette œuvre d'intérêt public. Il se contente, dans sa grandeur d'âme, de songer, ému, à toutes ces femmes qui lui doivent, qui la liberté, qui le mariage. Oui, Francis a l'étoffe d'un héros des temps modernes, de justicier s'éclipsant sa tâche accomplie.

Bien sûr, comme tout véritable héros empreint d'abnégation, Francis est incompris de la plupart. Il a d'ailleurs cessé d'expliquer son rôle bienfaiteur. Il ne le rend que plus séduisant, et les épouses sauvées rechignent à le laisser reprendre sa mission une fois pris connaissance de son œuvre, quelque chose comme le syndrome de Stockholm inversé, ou comme un attrait irrésistible pour son sauveur. Ou comme une pulsion destructrice destinée à oublier la culpabilité ressentie soudainement face à la révélation d'un mariage à sauver. La reconnaissance n'est décidément plus ce qu'elle était.
Mais les pires restent définitivement les époux. À croire que ceux-ci ne veulent seulement faire l'effort de comprendre leur chance. La majorité témoigne d'un esprit possessif des plus affligeants, préférant s'outrager de songer leur moitié touchée par un autre au lieu de le louer de son sacrifice désintéressé. Et forcément, alors qu'il ne fait que mettre en exergue un besoin de madame qui se serait exprimé un jour ou l'autre, alors qu'il est le contre-feu des mariages au bord de l'incendie, les hommes blessés dans leur virilité ébranlée ne voient que le meilleur moyen de libérer leur contrariété en mettant les poings sur les ires. Quand on vous dit que la reconnaissance n'est plus ce qu'elle était.

pied_de_biche2

Aussi a-t-il pris soin, le temps et les hospitalisations aidant, de se fixer quelques règles impératives. La première est de ne jamais donner son nom. Un nom, soit, pour faciliter la communication, et accessoirement apaiser cette navrante suspicion qu'un homme taisant son nom puisse avoir de douteuses intentions. Mais pas son nom. Les déménagements lui auront coûté trop cher à ses débuts.
Seconde règle, s'assurer de la réalité d'un mariage menacé. Trop de fois il aura du expliquer à une jeune fille romantique que non, navré, il y a erreur, je ne souhaite pas faire ma vie avec toi. Alliance, connaissance de la vie, vagues scrupules, autant d'indices de nature à confirmer la réalité du sacrement. Au demeurant, cela évite les parents outrés, décidés à se mêler des affaires de leur enfant, si majeure soit-elle. Il n'est rien de plus sensible que des parents confrontés aux larmes de leur progéniture. Ni plus agressif qu'un père venant sonner à votre porte pour vous demander des comptes. Se rapporter à la première règle.
Troisième règle, ne pas confier la noblesse de sa mission, donc, y compris lorsque l'épouse promise à reconsidérer son engagement git comblée sur la couche, nimbée de sa nudité. Les femmes, à l'instar sans doute de leur mari, ont cette désagréable tendance à se montrer violentes quand il est fait état de leur fragile union, particulièrement quand elles se comprennent fautives. Et ces frêles créatures en quête perpétuelle d'un mâle fort sur l'épaule duquel s'appuyer deviennent de dangereux lanceurs de projectiles que leur tenue d'Ève ne retient pas. Non. Il convient, une fois la brèche béante et la belle riche de cette expérience propice à la remise en question, de disparaître sans un mot ni attendre de remerciement, gentleman au point de poser le panneau Ne Pas Déranger sur la poignée et de régler la nuit au concierge.
Règle numéro quatre, enfin, ne pas revoir une femme livrée à l'étude de sa vie. Jamais. Francis est un héros de l'ombre, solitaire jusque dans le soleil levant, il ne peut se permettre de s'attacher, son sacerdoce le lui interdit. Il fait don de lui, de son corps, le tout sans le moindre sentimentalisme déplacé.


(A Suivre)

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samedi 11 octobre 2008

Maurice G. Dantec : Le théâtre des opérations, journal métaphysique et polémique, 1999

Le premier bouquin à m'avoir fait peur avant de passer la couverture, cette préscience que j'ouvrirais une boîte de Pandore non identifiée, peut-être. Puis ce fut l'immersion, un dictionnaire sous la main pour m'y retrouver entre néologisme et terminologie pointue, une lecture à me transformer la pensée.

Puis il y eût Le Laboratoire de Catastrophe Générale, et American Black Box, ce dernier à ce jour infini. L'éblouissement premier s'est dissipé, ne reste que cette fascination pour un cheminement de pensée, pour la brillance de certaines idées, et pour cette perpétuelle volonté de s'affranchir des pensées institutionnalisées en revenant à la source de la pensée.

Maurice G. Dantec peut être un sale con, je ne le connais pas, peut avoir des pensées choquantes, je ne les partage pas toutes, loin s'en faut, n'en reste pas moins qu'il m'aura servi d'escabeau vers une marche supérieure du rapport à l'écriture.

02_The_Future_Of_Mankind_by_reverberance

Les sociétés humaines, et particulièrement la nôtre, semblent basées sur une inversion totale des préceptes darwiniens de la sélection naturelle, comme si elle s'acharnaient à vouloir absolument privilégier le plus médiocre aux dépends de l'exception. Je ne suis pas loin d'envisager qu'il puisse s'agir précisément d'un retournement spécifique du vivant à l'œuvre chez l'homme, une "sécurité" chargée de brider pour un temps les capacités proprement explosives du cortex humain.

[...]

L'homme est une crise, un appareil critique de la nature, il n'a pas pour finalité l'aboutissement du processus naturel et/ou historique, pas plus qu'il n'est un simple assemblage hasardeux né d'une main invisible jouant aux dés, l'homme semble être là pour détruire l'ordre naturel, pour disséquer, dissoudre, corrompre, contaminer le monde phénoménal de ses propres expériences.
[...]
il est lui aussi un produit de l'évolution, mais en creux, en négatif. Si on voulait le traduire dans le domaine sensoriel, on pourrait le comparer à la faim.

[...]

L'homme ne comble aucun manque dans le monde biologique, sa nécessité, tout autant que les chances statistiques de son avènement et surtout de sa survie, sont très minces, il est un luxe, une fantaisie, certes reproductible avec d'infinies variations dans le mégacosmos qui nous entoure, mais il n'en est pas moins inutile, sur le strict plan de la "nécessité" biologique. Comme l'art, il est un luxe, une dépense d'énergie totalement inconsidérée sur le strict plan de l'utilité.

[...]

L'homme n'est pas seulement un superprédateur régnant au sommet de la pyramide animale, régulateur semi-divin de l'ordre naturel, il est aussi l'anti-prédateur, sous toutes ses formes, l'anti-animal, l'animal doté de mémoire, incapable de ne pas apprendre, toujours en quête de connaissance, jamais rassasié, jamais fini, imparfait, et imperfectible, il forme une synthèse disjonctive, avec laquelle la nature doit se débrouiller.

[...]

La vie animale et l'homme plus encore sont des phénomènes paradoxaux et néguentropiques, pour lesquels la survie passe par l'élimination sélective des gènes les plus "adaptés" au milieu.

[...]

L'homme en tant qu'entité biologique est complètement inadapté au monde qui l'a vu naître.

[...]

La société humaine est donc une béquille, une prothèse qui vient combler l'espace vide d'une mutilation. Une prothèse, donc un artifice, et qui plus est un artifice toxique, créant une dépendance.




Illustration : 02 The Future Of Mankind, de ~reverberance, sur DevianArt

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jeudi 2 octobre 2008

De la cartographie postale 3

business_lunch2




Ils parlent, papotent, envahissent l'atmosphère de leurs discours tous frais d'hommes qui ont vu le monde. Ils comparent, rien ne vaut, l'Afrique, l'Afrique, haaa, l'Afrique, c'est miséreux, et ici c'est trop cher, et là-bas tous des cons. Et moi qui aie bossé dans des pays en guerre, et moi les syndicats qui me refusent l'entrée, et moi ma malle est prête. Et eux qui trônent en petits papes du  baroud. La serveuse a peur d'eux. Faut dire, ils se privent pas. Critiques, ironies et moqueries égayent les moments de relâche, serveuse, cliente, patronne, tout le monde à la même enseigne pourvu qu'on ne voit pas ses couilles. Mais c'est le plus prêt pour leurs agendas, ils sont occupés, on ne s'y trompe pas.


Illustration : Ku'damm business lunch, par florriebassingbourne sur Flickr
(20080226)

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