Sour Lounge

:::Vivisection à blog ouvert::: ::::::::::::Part2::::::::::::::::

vendredi 30 mai 2008

De la grandeur des petites semaines (part2)

essaigfxml0

L'Entité est apparue il y a maintenant trois jours. En l'espace de quelques minutes, elle a traversé les forteresses de données les plus lourdement protégées, une lame de Tolède dans du beurre mou, causant une panique générale parmi les chargés de sécurité et leurs patrons. Elle a disparu aussitôt, sans que nul ne puisse dire quel était son but. Depuis, le monde virtuel dans son intégralité est à ses trousses. Nous les premiers. Toute monnaie d'échange est bonne à prendre.

Les interrogations fusent quant à sa nature, autant qu'elles restent sans réponse. Les paranoïaques imaginent une programmation sécuritaire qui aurait échappé au contrôle de ses maîtres. Mais cela cadre mal avec l'angoisse des gouvernements. Les techniciens songent à une IA autonomiste, affranchie de sa base et de ses instructions, démontrant sa puissance en un fulgurant coup d'éclat. Une telle création serait pourtant fichée, d'une manière ou d'une autre, et personne n'a la moindre idée de sa provenance. Les illuminés ont décrété qu'il s'agissait de l'avant-garde d'une peuplade extra-terrestre venue sonder nos défenses. On ne se préoccupe guère de leur donner tort ou raison.

Les seules données certaines, unanimement acceptées, concernent sa force de calcul intrinsèque, supérieure à celle d'une horde de runners de génie connectés en série et tournant sur les dernières générations de superordinateurs. Quelque chose qui dépasse le cadre de l'humanité. Nous savons tous comme l'humanité craint ce qui la surpasse.

Pas de trace rémanente à suivre, pas d'empreinte sur les systèmes forcés, pas de message. Juste l'angoisse que puisse exister une telle créature. Et l'attente qu'elle se manifeste de nouveau.

« J'ai quelque chose ! » B0G055_L3_C3RV34U, un adolescent libidineux qui se trimballe sous l'avatar d'une star de technorap, vient de lancer son appel sur tous les canaux du forum. Impossible à manquer. C'est le but.

~°Bathory°~ me précède dans sa transvectorisation vers le lieu de l'appel, une pièce ouverte spécialement pour l'occasion. Je la suis d'un frémissement du doigt, et tâche me faire une place dans la foule matérialisée aussitôt. Un cube sautant infiniment sur place me grogne que j'aurai mis du temps. En toute circonstance, TrueEarth reste bougon. Je l'ignore pour me concentrer sur la star de l'instant.

« Trop facile ! » pérore le puceau, « fallait juste regarder au bon endroit, avec les bons yeux. » Le petit con marque une pause pour se gargariser de notre impatience. Je ne peux m'empêcher de remarquer que ses dents en or ressemblent étrangement à un simulacre d'appareil dentaire. Il reprend quand SixArms'Kali amorce un programme offensif en forme de kriss.

« On cherche tous des marques virtuelles, des indices mécaniques ou électroniques, mais personne n'a songé à chercher de l'humain. Sauf moi, » se rengorge t’il. « J'ai lancé une requête sur les éléments carbonés liés à l'ADN, et regardez-moi ce que ça nous sort. »

Personne ne respire. Sur un plan flottant à hauteur d'yeux, une routine convertit du code jusqu'à dessiner des assemblages de particules élémentaires. Combinées une à une, nous en venons à de l'ADN, des cellules, une entité.

« SaV à k ça m'fé penC ? » Brise le silence mike10101010. « O Xperience 2 Tléportat°. » répond-il devant le silence gêné, « SaV, C truc 2 fer AC vibré pr envoié l p/ticul AIeur. » Le garçon est brillant, mais sa diction nous incommode tous. Pourtant il a mis le doigt sur un élément intéressant.

Nous suivons tous assidûment les tentatives de téléportation, se déplacer dans le réel si aisément que dans le virtuel nous fait tous rêver. « Ouais OK, mais après ? » s'interroge à voix haute une elfe japonaise, si diaphane que son ton est viril, « c'est quoi le rapport avec l'Entité ? » « Le rapport à l'entité, » prend la peine de l'instruire un bichon vert, « est que nous sommes tous fais de vibrations, que la matière est faite de vibrations, que tout est vibration. Nous sommes des assemblages de vibrations. Or, » souligne t’il d'une voix vibrante, « si un assemblage de vibrations peut engendrer la vie dans la réalité, qu'est-ce qui l'en empêche dans la virtualité ? » Pour un peu on applaudirait la prestation.

« N'empêche moi je sais comment la trouver, » nous rappelle B0G055_L3_C3RV34U histoire de reprendre notre attention. Le petit con sait tenir son auditoire en laisse.

« Suffit que je duplique une copie de sa fréquence pour calibrer un scanner, et après ça sniffe tout seul jusqu'à sa jupe. » La déesse du meurtre balance une triple claque sur son crâne rasé. « Sauf que j'en ai pour la nuit. Si vous me filez la main sur le code, » conclut-il.

Je ne me mêle pas à la fébrilité qui l'entoure soudain. Ce simple volume d'information vaut déjà une fortune. Nous ne conjecturons pas moins que l'hypothèse d'une forme de vie née dans la matrice. J'ai du mal à réaliser. Pas grave. Reste à la ramener, cette information. Dans les plus bref délais.

Une photo de ma rétine est déjà partie sur une zone vierge, imprimant les données de l'Entité. Il ne s'agit plus que de contacter les intéressés. Donc de quitter les lieux discrètement.

~°Bathory°~ se love contre mon dos. « Dans tes rêves, foutu matérialiste, » ronronne t’elle, « je ne te quitte pas d'une semelle. Estime-toi heureux. » Elle me lèche l'oreille avant de se détacher. Insupportable intuition féminine diront certains. Agrémentée de quelques années communes. Comme si j’avais besoin de ça. Maintenant. « Ça t'emballe pas comme nouvelle ? » cherche à comprendre la comtesse. « Putain, mais c'est mieux que quand ils ont mis le pied sur Mars ! tu te rends pas compte ? »

« Non ! » Clair et dissuasif. Pas à elle. « Quoi non ? Ma comparaison te plait pas, ou tu t'en fous comme du reste ?! Putain, mais c'est quoi ton problème ? C'était déjà pareil quand on était ensemble ! Rien ne te va, mais tu préfères fermer ta gueule, ça te donne un genre ! » A ce stade de la tirade, je sais que plus rien ne pourra la faire taire tant qu'elle n'aura pas déballé une énième fois son sac. Merde, merde, et remerde. Le temps presse. Accélère.

Quelques regards gênés commencent à se poser sur nous à mesure que le ton monte. Il n'ont pas l'habitude. Elle redeviendra charmante sitôt que je me serai éclipsé, loin des yeux, loin du coeur. Il me reste toutefois quelques longues envolées avant que la patience de tout le monde ne soit mise à bout. Croyez-en ma longue expérience.

« Putain mais tu fais chier, Fas', » atteint-elle les aigus, « tu veux pas sortir un peu ce que t'as dans les tripes ? Arrêter de te cacher derrière ton cirage qui fond ? Tu veux pas te rendre compte qu'il n'y a pas que la thune et l'adrénaline ? » Son souffle atteint son rythme de croisière. « Grandis, merde ! » De la distinction des comtesses.

Je profite que le bondissant TrueEarth tente s'interposer pour rendre les armes dans un brillant, « tu m'les casses, j'me tire. » Personne ne juge utile me dissuader, et la belle ne m'entend plus à ce stade. Déconnexion.

J’aurais aussi bien pu relâcher la sécurité du ressort. Je repars en arrière, traverse le mur, sort des serpents, repasse quelques villes dont Nairobi, Bagdad, Bangkok, Sydney, et me retrouve dans le noir.

Je retire le casque et les gants et cligne des paupières sous la luminosité grasse de la chambre. Pas de temps à perdre. Je saute sur le téléphone encore neuf, et compose le numéro en mémoire. Un seul coup de fil, ils débloquent mes comptes, les garnissent un peu, effacent mon dossier, et on part se faire une nouvelle vie sur Mars avec ma complice. Enfin quand elle aura fini de s’époumoner sur la Toile.

Pas très déontologique, certes, mais allez refuser avec un feu sur la tempe. Par contre, faudra que je revoie la sécurité de mes accès à l’avenir. Pour autant qu’avenir il me reste dans la partie.

Exercice d'écriture à rendre tous les quinze jours en confrontation avec un ami. Le thème, fixé par un tiers, était la découverte d'une nouvelle forme de vie intelligente, sujet aussi ennuyeux que rebattu. L'illustration de Belial aura donné l'univers et la direction.

Illustration : Belial Sur Forum Ogame

(080408)

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dimanche 25 mai 2008

De la grandeur des petites semaines (part1)

Computer_Man_by_Myklbn

Je me réveille avec le cœur en panique. Effet secondaire du cocktail d’amphétamines à retardement concocté par le pote chimiste. Il m’a prévenu : abuse pas Sven, c’est plus de ton âge ce genre de connerie. Ouais. Tout à fait d’accord. Mais en ce moment, la situation exige que je sois d’attaque à peine ouverts les yeux, quelque soit le déficit de sommeil. Puis j’ai toujours détesté les réveille-matin.

D’ailleurs le matin est bien loin, dans un sens comme l’autre. Il était déjà oublié quand je me suis résolu à sacrifier un temps précieux, et le dosage devait m’assurer trois heures de repos, pas une de plus. De quoi choper le grand flux des connexions post professionnelles, vers dix-huit heures.

Je sentirais presque mes nerfs crépiter, alors que les courbatures me déchirent langoureusement les muscles. Pas à dire, entre ça, la tachycardie et la bouche pâteuse, faut vraiment avoir une excellente raison de gober ces saloperies de merveilles biochimiques. Ca tombe bien, j’en ai une et me la fait.

L’interface vidéo de la console luit tranquillement sur la table de chevet. J’attrape le casque holovid et les gants de contact virtuel, me cale confortablement dans le mauvais futon, un oreiller sous les mollets pour pallier aux problèmes de circulation, et rallume un cul de joint, une pause avant le grand saut, un bémol à la chamade qui refuse de se calmer. Un dernier soupir, mi-anxieux, mi-impatient, et je chausse les interfaces, casque aux tempes, gants au pouls. Plongeon.



Mes paupières convulsent sitôt les premiers assauts du kaléidoscope et la connexion s’initie en une longue chute dans ce trou noir aux mille couleurs. Je me demande parfois si, en plus de mon esprit, mon corps ne s’étire pas jusqu’à devenir un mono-filament susceptible de s’infiltrer entre les électrons. Les rares à m’avoir observer en pleine Course m’ont assuré que non. Ou alors ils étaient sous trip acide. Je ne sais encore lesquels je veux croire.

L’esprit se reconfigure avant la dissolution finale. Son champ de perception est désormais virtuel, une reconstitution holographique de zéros et de uns, fortement inspirée de cette vieille trilogie protointernétique un peu niaiseuse, et recompilée en volumes projetés directement dans le cerveau. Les yeux se font berner à tous les coups.

Le routeur fait transiter mon signal à travers le monde. Sydney la survivante, Bangkok la toxique, Bagdad la dissidente, Nairobi la spatiale, entre autres serveurs. Autant de sauts de puce destinés uniquement à dissimuler mon point de départ. Mes activités ne m'attirent pas que des sympathies, quelques services, gouvernementaux ou privés, donneraient cher pour me localiser physiquement. J'aimerais leur gâcher ce plaisir un peu plus longtemps.

Enfin je peux me risquer aux portes de mon domaine. Face à moi, la double hélice de mon ADN. Deux serpents de briques multicolores ondulant, aussi lascifs que dangereux. Faisant fi de leurs crochets menaçants, je réorganise les codons pour reproduire l'ADN d'une inaccessible aimée. Je n'en connaîtrai jamais plus que la mèche de cheveux offerte comme témoignage d'amour, ainsi l'immortalisai-je. Je reconfigure ensuite le gêne de la couleur des yeux, les faisant passer d'un bleu limpide à un jaune d'or. Petite précaution supplémentaire dans mon codage. Tellement risible.



Fermeture éclair bioélectronique. Les créatures s'ouvrent sur l'espace privé que je me suis ménagé dans la Toile. Disques miroirs et ordinateurs zombifiés, alors connectés, unissent leurs ressources pour reproduire un squat bordélique, mon véritable chez-moi.

Je prends place dans un vieux siège de voiture, plus confortable qu'il n'y paraît, sa programmation m'a demandé quelques heures, et tend la main vers une étagère surchargée de bouquins en éditions de poche. Chaque volume est une base de données d'une valeur très estimable, pour qui en a les moyens. La somme de mes collectes d'informations, ma seule source de revenu.

J'attrape Le Prince, de Machiavel, seul à portée de main. S'y trouve l'accès à ce forum privé pour lequel j'ai sacrifié mes dernières nuits. Je tourne quelques pages, soulignant du doigt certains mots, un mur couvert de graffitis bariolés s'efface devant moi. J'y suis. Je vais pouvoir prendre connaissance des dernières avancées de mes camarades.

Ne me reste qu'à revêtir le masque sous lequel parais, jeans noirs, tee-shirt noir, Docs noires sur peau blafarde. Anodin sans être invisible. Pratique pour mettre les interlocuteurs en confiance. Dans le cas contraire, mes traits insipides fondent au rythme de la cire soumise au chalumeau. Les gens aiment moins. Les autres runners s'en foutent juste assez pour savoir qu'à ce moment il faut commencer à me prendre au sérieux.



Je passe l'ouverture pour me retrouver sur une place pavée s'étendant à l'infini sous un ciel de magma. Karma Court, le forum des non affiliés. LE lieu par lequel circule toute information un rien sensible, à peine extraite des forteresses de données fraîchement crackées. Autant dire que la faune des habitués regroupe à elle seule l'essentiel des criminels informatiques que comportent les listes américaines, européennes et asiatiques. Cumulées. Particulièrement ces derniers jours.

« Bon somme ? » m'apostrophe ~°Bathory°~. Je lui réponds une grimace explicite avant de m'enquérir des nouvelles données. « Krueger666 nous a confirmé que l'Entité ne vient pas des agences US, » me confie la beauté en robe de comtesse. « Il y a perdu quelques uns des ses programmes fétiches, mais l'information est certaine. Les fédéraux sont sur les dents, niveau d'alerte rouge sur tous leurs systèmes, et ils offrent des sommes pharamineuses à quiconque possède quelque chose sur le code source de l'Entité. »

Difficile de dire si la nouvelle est bonne ou non. Quand de telles agences gouvernementales en sont rendu à quémander ouvertement, on est en droit d'avoir des sueurs froides.

« Pareil pour les russes et les chinois, » poursuit-elle. « Tu savais que Hierophant avait ses entrées au FSB ? Souvenir de jeunesse. Son indic n'a même pas cherché à marchander, pour te dire le bordel. Et Beijing a rappelé tous ses supplétifs, y compris les plus autonomes, en prévision d'une nouvelle intrusion. =Red=Star= a juste eu le temps de nous passer l'info avant que sa connexion – et ses services, soient réquisitionnés. »

Il me faudrait une éponge virtuelle pour mettre un terme au ruissellement virtuel. Quelque part dans le monde, mes draps doivent être trempés.

(A SUIVRE)

Photo : Computer_Man, par Myklbn's, in DeviantArt

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samedi 10 mai 2008

De la brieveté des expositions

Trois raisons d'apprécier le blog short-exposure :

  • La recherche d'univers (photo)graphiques originaux.
  • La sobriété élégante des présentations.
  • La démarche de partage du beau.

dorothy_shoes1

matt_stuart3

saligia2

Photos: Dorothy-shoes (photo 1), Matt Stuart (photo 2) et Julia Dunin-Brzezinska (photo 3)

Posté par d autres à 14:00 - Virtualités éphemères - Commentaires [4] - Permalien [#]



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